Samedi 25 octobre 2008
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Chronique de quelques morts annoncées
Maria Inés Namoncura, représentante du peuple Mapuche du Chili
Lorsqu’au début du XVe siècle les Espagnols débarquent dans ce qui allait être l’Amérique, le monde des indiens «
Aztèques » et « Mayas » s’étend du sud du Mexique à toute l’Amérique Centrale. L’empire « Inca » qui s’étend du sud de la Colombie au nord du Chili, en passant par l’Equateur, le Pérou, la
Bolivie, traverse une crise politique qui facilitera la Conquista. La colonisation espagnole, durant ses trois siècles d’occupation, aura des effets dévastateurs sur les populations autochtones.
La liste est connue : exploitation sans freins (travail forcé dans les mines), déplacements de populations, maladies microbiennes importées et, plus que tout, la faim d’un peuple esclave occupé.
D’après certaines estimations, Aztèques, Mayas et Incas constituaient une population totale évaluée entre 70 et 90 millions1. Un siècle plus tard, ils ne seront que 3 millions et
demi.
Vers 1800, au moment des indépendances, la situation amérindienne va encore s’aggraver. Une nouvelle colonisation menée
par les élites urbaines blanches ou métisses va achever d’accaparer les terres indiennes et confiner les originaires dans des « réductions ». Les pays à forte densité de population indienne comme
l’Equateur, le Pérou ou la Bolivie ont mieux résisté aux spoliations et ont obtenu une législation favorable. Au Pérou, en 1968, grâce à la réforme agraire, les conditions de vie se sont
améliorées, la langue et la culture originelles « quechua » ont été réhabilitées et officiellement reconnues. Ce fut aussi le cas en Bolivie, le pays le plus indien d’Amérique Latine, où la
réforme agraire de 1953 a libéré l’indien du servage et a rendu possible sa participation à la vie politique. Mais les conditions d’existence des peuples amérindiens n’ont pas fondamentalement
changé et la misère règne.
Au sud du Chili, les Araucans (Mapuches) ont toujours opposé une farouche résistance à la colonisation, d’abord inca,
puis plus tard aux Espagnols, et enfin, à partir de l’indépendance, au gouvernement républicain. Ils n’ont cessé leur résistance qu’à la fin du XIXe siècle. Leur lutte, toujours à l’heure
actuelle, reste la reconnaissance culturelle et la restitution des terres de leurs ancêtres. Pendant les trois années du gouvernement Allende, les communautés Mapuches ont récupéré 220.000 ha de
territoire. En 1973, la dictature s’est empressée de rendre ces terres aux usurpateurs. Malheureusement, il faut bien constater que pendant les trois ans du gouvernement Allende, le peuple
Mapuche a récupéré plus de terres que pendant les presque vingt ans de coalition socialiste/social-chrétien actuellement au gouvernement.
Aujourd’hui, le Chili a le triste record d’avoir la législation indigène la plus rétrograde de toute l’Amérique Latine
en matière de reconnaissance culturelle et de récupération des terres. Au contraire, la seule réponse apportée à la problématique indigène, c’est la répression et le recours aux lois «
antiterroristes » contre les dirigeants indiens. Tel est le prix à payer pour la tranquillité sociale nécessaire aux affaires de l’industrie forestière. Les multinationales espagnoles de
construction de barrages hydroélectriques le savent.
Coordination des exilés politiques
chiliens- Liège
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