Samedi 1 novembre 2008
6
01
/11
/Nov
/2008
00:30
Selon l'Unesco, plus de 1,6 million de pièces chinoises sont éparpillées dans les musées de 47 pays et des millions
d'autres sont entre les mains de collectionneurs privés.
Quatre mois avant son ouverture, la vente aux enchères de Christie's dédiée à la collection Yves Saint Laurent / Pierre
Bergé est source de nervosité en Chine.
Objet des tensions, la mise en vente parmi les 700 pièces de cette collection de deux têtes de bronze représentant un
lapin et un rat.
Tributaire d'un lourd passé, ces deux reliques ornaient jadis la fontaine-horloge du Palais d'Eté de Pékin, avant
d'être volées par les troupes franco-britannique lors de la destruction du complexe pendant la seconde guerre de l'opium (1856-1860).
Erigé en symbole de l'humiliation infligée à la Chine par les puissances étrangères, cet épisode est encore un sujet
très sensible dans les mémoires.
D'où les efforts entrepris en 2003 et 2004 par le gouvernement chinois pour remettre la main sur ces pièces, sans y
parvenir puisque qu'à l'époque, les agents avaient exigé 10 millions de dollars en échange de chaque tête.
Pour la Chine, pas question de débourser un centime pour ce qu'elle estime être sa propriété.
« Malgré notre désir de récupérer ces trésors d'Etat, nous ne participerons pas à la vente aux enchères (celle de
février prochain) car nous n'avons nullement l'intention de payer des biens qui nous ont initialement appartenu», a réitéré le 24 octobre dernier Song Xinchao, directeur général du département
des musées de l'Administration d'État du Patrimoine culturel, interrogé par le China Daily.
A l'évidence, la Chine fait de plus en plus entendre sa voix pour tenter de récupérer son héritage. Selon l'Unesco,
plus de 1,6 million de pièces chinoises sont éparpillées dans les musées de 47 pays et des millions d'autres sont entre les mains de collectionneurs privés.
En 2007, le directeur du Fond national de récupération des reliques Niu Xianfeng avait déjà fait part de ces états
d'âme à l'occasion de la vente aux enchères d'une tête en bronze de cheval issue de la fameuse fontaine. "La vente aux enchères de pièces volées pendant une triste période de notre histoire
heurte les sentiments du peuple chinois", avait déclaré le responsable.
Un discours entendu semble-t-il par le mania des jeux d'argent de Macao Stanley Ho Hung-Sun qui avait acquis la pièce
pour en faire don au pays.
A ce jour, la Chine a réussi à récupérer cinq des douze ornements de la fontaine-horloge mais ignore l'emplacement des
cinq autres. Quant aux deux dernières - la tête de lapin et la tête de rat -, il faudra sans doute attendre la vente chez Christie's en février prochain pour en connaître la
sort.
AUJOURD'HUI LA CHINE
***
la destruction du Yuanmingyuan restera comme un des drames culturels de l'histoire de l'humanité.
Vue d'ensemble du Yuanmingyuan
Pendant deux heures, tour à tour, chacune des douzes têtes de bronze des douze animaux du zodiac chinois, crachait de
l'eau dans le bassin (Le cheval assurait le créneau 11-13h). La fontaine fût fabriquée à la demande de l'Empereur Quianlog (1736-1795) qui fasciné par le baroque européen en commanda le mécanisme
en 1747 au Jésuite italien Giuseppe Castiglione et au Père Michel Benoist. C'était l'une des merveilles du fabuleux Palais d'Eté, qu'envahirent les troupes françaises et britanniques en octobre
1860. Le Palais sidéra les Français, comme en témoigne la description fascinée du soldat Aubray du 102ième Régiment d'Infanterie de Ligne, qui a raconté par écrit ses aventures
chinoises.
Ce qui n'empêcha les troupes françaises de le piller, comme le raconte Aubray :
On n'a pas donné l'ordre de piller, mais on le fait en présence des chefs qui ne
disent rien. Alors on voit que tout est permis, rien ne nous résiste. La garde de l'infanterie de marine est retirée lorsque ces messieurs ont eu tout ce qu'ils désiraient prendre. Alors tout est
public, aucun pavillon n'est consigné à la troupe. Dans tous ces salons, nous sommes comme nos chefs, éblouis pas les diamants, l'or, l'argent, l'ivoire, la jade, la perle fine etc...Ha,
malheureux que nous sommes !
Nous n'avons pas eu assez de connaissances de toutes ces choses car si nous avions
su apprécier la valeur de tous ces objets, nous aurions ramassé notre fortune au lieu de la fouler aux pieds et pas un soldat de l'armée expéditionnaire n'aurait eu besoin de travailler à son
retour en France. Nous ne prenons presque rien, notre ignorance et notre fausse illusion d'aller piller Pékin nous font laisser l'or et l'argent parsemés dans nos camps, nous avions cependant
daignés en prendre quelques morceaux en bouleversant les riches ornements de ces salons, si richement parés, mais en levant le camp nous méprisons notre bonheur en laissant éparpillés sur le sol
une multitude d'objets qui pouvaient parfaitement faire notre bien-être.
A noter qu'à côté du pillage improvisé des troupes, une sélection d'objets précieux furent officiellement pris pour
être offert à l'Empératrice Eugénie, femme de Napoléon III, qui dirigeait alors la France. Elle deviendra la collection du Salon chinois du Château de Fontainebleau, et y est toujours. Ce sont
finalement les Anglais qui détruisirent le Palais d'Eté, pour éviter que les Chinois ne continuent dans la voie des représailles contre les civils européens. L'effet fut effectivement radical,
mais la destruction du Yuanmingyuan restera comme un des drames culturels de l'histoire de l'humanité.
La Gazette des trésors disparus
DERNIERS COMMENTAIRES