Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 00:26






«Allez au diable, yankee de merde!» Solidaire de son ami bolivien Evo Morales en conflit ouvert avec Washington suspecté d'alimenter le séparatisme en Bolivie, le président vénézuélien Hugo Chavez a ordonné en ces termes l'expulsion de l'ambassadeur américain de son territoire le 11 septembre dernier. Au-delà de la formule à l'emporte-pièce et de la provocation du choix de la date, l'insolence de Caracas traduit la méfiance et l'exaspération qui s'est développée en Amérique latine à l'égard de la politique menée dans le sous-continent durant les huit années de mandat de George W. Bush.


La récente crise financière a déclenché un florilège de propos aigre-doux éreintant «l'exemple» nord-américain que le Fonds monétaire international (FMI) avait cru utile d'imposer avec une extrême rudesse à l'Amérique du Sud durant les années 90. «On voit aujourd'hui comment ce premier monde qu'on nous a dépeint comme une Mecque à atteindre se dégonfle comme une baudruche!», s'est amusée Christina Kirchner, la présidente argentine. Le président Luiz Ignacio Lula da Silva porte l'estocade: «Ceux qui nous dictent depuis plus de 30 ans ce que nous avons à faire n'ont tout simplement pas fait ce qu'ils devaient faire.»

Même la présidente chilienne Michèle Bachelet, une sociale-démocrate bon teint, y est allée de sa blague anti-américaine fin septembre devant un parterre d'économistes et de patrons américains. «Savez-vous pourquoi les États-Unis n'ont jamais vécu de coup d'État? Parce qu'aux États-Unis, il n'y a pas d'ambassade américaine!» Une limpide référence au coup d'État fomenté le 11 septembre 1973 par le général Pinochet avec l'aide de la CIA contre le régime socialiste du président Salvador Allende. Cette boutade était destinée à expliquer à ses interlocuteurs pourquoi les États-Unis devraient jouer un rôle plus important en Amérique latine en renforçant leurs «relations» et non leur «ingérence».



SEULS Uribe et Calderón


Des Caraïbes à la Patagonie, il n'y a plus guère que la Colombie du très droitiste Alvaro Uribe et, jusqu'à un certain point, le Mexique du conservateur Felipe Calderón qui sont encore prêts à écouter les sirènes de Washington.


Les autres chef d'État, démocratiquement élus et la plupart du temps crédités d'une très forte popularité dans leurs pays, reprochent à Bush ses faux pas et sa diplomatie des coups tordus. Échec de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) que George Bush voulait imposer à toute l'Amérique du Sud, échec de la lutte anti-drogue menée à coup de bottes sans résultat probant, poursuite du blocus contre Cuba, soutien à la tentative de coup d'État contre Hugo Chavez en avril 2002, probable feu vert donné aux forces colombiennes pour leurs opérations contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en territoire équatorien, implication dans la déstabilisation du gouvernement socialiste en Bolivie...


Cerise sur le gâteau de l'échec, la reconstitution de la IVe flotte américaine en avril dernier (elle avait été supprimée dans les années 50) est destinée à maintenir une présence militaire permanente dans les Caraïbes et en Amérique latine. En ligne de mire, la République bolivarienne du Venezuela.



Alors que, à peine installé à la Maison-Blanche, George Bush affirmait en janvier 2001 que le XXIe siècle serait celui des Amériques, le principal ratage de son administration -- après les attentats du 11 septembre -- a été d'abandonner une Amérique latine soucieuse de construire une troisième voie fondée sur plus de justice sociale. Le modèle qui nous était imposé jusque-là «était un modèle pervers qui distinguait l'économique du social et favorisait la stabilité au détriment de la croissance», avertissait Lula fin 2003. Sept ans plus tard, plus de 40 % des 480 millions de latinos vivent encore sous le seuil de pauvreté, et l'autisme américain a radicalisé les positions. Ainsi le Venezuela, l'Équateur et la Bolivie se tournent-ils vers la Chine, la Russie ou l'Iran pour contrer Washington. Comme au bon vieux temps de la guerre froide.



Mais la hausse des cours des matières premières, la diversification des économies latino-américaines et la mondialisation ont donné des armes nouvelles au sous-continent. Washington est contraint de négocier avec ceux qu'elle considère comme ses ennemis jurés, Venezuela en tête qui possède cinq raffineries de pétrole aux États-Unis et alimente 14 000 stations-services.


Face à John McCain, qui préside depuis plus de 15 ans l'International Republican Institute (IRI), un «think tank» fondé par des idéologues fondamentalistes du Parti républicain sur l'inspiration de Ronald Reagan, Barack Obama semble le mieux placé pour renouer les fils du dialogue avec ses voisins du sud. Bien que peu familier de la réalité latino (il n'a jamais voyagé en Amérique latine), le candidat démocrate a promis de reprendre langue avec Cuba, le Venezuela et l'ensemble de l'Amérique latine.


LE DEVOIR  ( quebec)

Publié dans : AMÉRIQUE LATINE, CARAÏBES - Communauté : pour un MJCF révolutionnaire
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