Lundi 24 novembre 2008
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C'est un nouveau rapport, un nouveau constat d'échec. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté,
Jean-Marie Delarue, nommé en juin dernier, a rendu vendredi ses premières recommandations. Elles sont à l'unisson de tant de critiques des magistrats, des surveillants, des organisations comme
l'Observatoire international des prisons, ou encore du Conseil de l'Europe sur les lieux du détention français.
Chargée du contrôle de 5.800 lieux d'enfermement (prison, garde à vue, dépôt, hôpitaux...), cette autorité indépendante
a effectué sa première visite dans un local de rétention administrative (LRA) de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) où sont retenus des étrangers en situation irrégulière.
Le texte de deux pages, qui doit être publié au Journal officiel, souligne un hébergement «attentatoire à la dignité»
avec notamment une absence de «respect de l'intimité» des femmes retenues. Les locaux concernés, à l'intérieur un commissariat, ne sont pas «conçus à cet effet», l'accueil des visiteurs se fait
dans des «conditions peu satisfaisantes» et les policiers de garde sont mal préparés. Ces premières recommandations ont conduit le ministère de l'Immigration à promettre un aménagement «dans les
meilleurs délais» du LRA de Choisy.
Vétusté
Les meilleurs délais, voilà une expression qui a disparu des discours les plus optimistes des observateurs des prisons
françaises. Ce jeudi, le commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg a remis son rapport après une série de visites en France. Il a pointé des «conditions
inacceptables de vie» pour les détenus dans des prisons surpeuplées. Il dénonce pêle-mêle «la vétusté des installations et des conditions d'hygiène», le «durcissement des peines» contre les
jeunes délinquants et les «déficiences structurelles du système pénitentiaire».
Les 195 établissements pénitentiaires français sont au bord de l'explosion, 63.000 s'entassent dans 51.000 places
disponibles. Un matelas à même le sol est parfois leur seul horizon. Un surveillant de Rouen décrivait cet état d'urgence sur 20minutes.fr en septembre dernier, après le meurtre d'un prisonnier
par son codétenu (à lire ici).
Les syndicats de magistrats et surveillants ne cessent de marteler une situation toujours plus critique. «La situation
est telle qu'on a désormais oublié le concept de cellule individuelle, qui est pourtant le droit fondamental du prisonnier, nous confiait récemment Patrick Marest, de l'OIP. Les 16.000 détenus en
détention provisoire peuvent bénéficier d'une cellule individuelle depuis un décret du 13 juin dernier, mais très peu la demandent, parce qu'ils ne savent pas que cette possibilité existe, parce
qu'il faut attendre trop longtemps... Ce droit devient une illusion, les politiques l'ont presque abandonné.»
13.200 places
Attaqué de toutes parts, notamment avec la série de suicides qui a frappé les prisons françaises en octobre, le
ministère de la Justice se défend invariablement avec les fameuses «13.200 places» du programme Perben. Qui devaient initialement grossir 30 établissements d'ici à... 2007. L'Administration
pénitentiaire a ainsi accueilli les conclusions de Thomas Hammarberg comme un «encouragement» à sa politique de mise en conformité des prisons françaises aux standards européens...
Cet été, Rachida Dati a martelé cet argument en présentant son projet de loi pénitentiaire. Voilà ce qu'elle déclarait
à «20 Minutes» le 3 juillet dernier, lors d'une visite aux Baumettes (surpopulation de 140%), à Marseille: «La surpopulation concerne uniquement les maisons d'arrêt. Dans les établissements pour
peines, chaque détenu a sa cellule. Il faut être pragmatique: nous faisons un effort sans précédent en construisant 13.000 places de prison d'ici 2012. Il faut aussi prendre en compte les
situations personnelles: il y a des détenus qui ne souhaitent pas rester seuls, ou qui ne le supporteraient pas.» Elle vante aussi les «12.000 bracelets électroniques en 2012», contre 3.200
aujourd'hui.
Tout-répressif
Tous les acteurs du monde carcéral, de Patrick Marest de l'OIP, à Cécile Verzeletti, représentante de la CGT
pénitentiaire, soulignent un éternel problème: «Si l'on continue avec cette politique du tout répressif, et bien ces nouvelles places seront rapidement occupées. Et la surpopulation sera toujours
la même...»
Mais plutôt que de revoir sa politique pénale, la chancellerie semble plutôt soigner sa (mauvaise) image. «La
surpopulation carcérale est une réalité. Nous ne souhaitons plus rien cacher à l'opinion publique ni aux Français parce qu'il est important de savoir dans quelles conditions sont détenues les
personnes que nous privons de liberté», expliquait Rachida Dati le 27 juillet dernier. La réalité n'a en effet jamais été aussi criante.
Honte
Que dire de plus après les images terribles du dépôt du tribunal de Créteil publiées cette semaine, un lieu d'une
insalubrité totale dénoncée lundi par un rapport de six magistrats du tribunal de Créteil, où l'unique toilette est réduite à un trou béant dans le béton? Jeudi, des avocats ont obtenu des juges
de Créteil l'annulation de la comparution immédiate de leurs clients, en évoquant ces conditions scandaleuses.
Que dire d'autre après la visite de la «souricière» de 3m2 à Fleury-Merogis, où est enfermé le braqueur Antonio
Ferrara, par la cour d'assises de Paris dans la nuit de jeudi à vendredi? Un environnement «inqualifiable, sale, puant», selon ses avocats.
Ce vendredi, la CGT pénitentiaire formulait l'espoir, «qu'à force d'alertes», la France réagisse car «les prisons
françaises ne doivent plus faire honte». La honte est malheureusement gravée profondément dans les murs des prisons de la République.
Joël Robine AFP/Archives ¦ La prison de Bois-d'Arcy (région parisienne)
20 minutes.fr
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