Lundi 24 novembre 2008
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Les "biotechs" ne trouvent plus de financements
Les sociétés de biotechnologie, spécialisées dans des domaines médicaux de pointe, sont aujourd'hui
rattrapées par la crise. Le montant des fonds apportés à ces entreprises a atteint son plus bas niveau depuis 10 ans. Selon la banque Burril & Co, les fonds levés par les biotechs ont chuté
de 54% par rapport à 2007, à 8,2 milliards de dollars. Un coup dur pour ce marché extrêmement dynamique et profitable (le chiffre d'affaires du secteur a atteint 95,1 milliards de dollars en
2007).
Faillites
Et sans financement, pas de recherche, donc c'est la faillite. En octobre, déjà 5 entreprises américaines
se sont mises sous la protection du chapitre 11. AtheroGenics, spécialisée dans le diabète, par exemple, ne pouvait plus faire face
à ses 302 millions de dollars de dettes. Le 10 novembre MicroIslet, aussi spécialisée dans le diabète, a suivi. Le groupe a dépensé 50 millions de dollars sur les 10 dernières années pour
développer un traitement contre le diabète et il lui faut encore plusieurs millions de dollars pour poursuivre ses essais. Les investisseurs ne se sont pas bousculés, et avec 3 millions de
dollars de dettes, MicroIslet n'a pas tenu.
D'autres entreprises sabrent d'abord dans les effectifs. Peptimmune a déjà réduit de moitié ses équipes
(réduite à 22 personnes aujourd'hui), changé de bureaux, et reporté certaines recherches sur de nouveaux médicaments. Amylin Pharmaceutical a aussi réduit de 16% ses effectifs pour essayer de
sauver 80 millions de dollars en 2009. Cell Genesys, de son côté, a annoncé le 6 novembre qu'il allait licencier 80% de ses employés d'ici à la fin de l'année.
Plus d'introduction en Bourse
"Pour la première fois de l'histoire de l'industrie des biotechnologies, nous allons voir des niveaux de
faillites ou de dissolutions sans précédent", avertit déjà David Strupp, directeur des investissements santé au sein de la banque Canaccod Adams. Avec une crise financière majeure, il n'est pas
si étonnant que les entreprises de biotechnologies soient touchées de plein fouet. Leur modèle économique est atypique. Les sociétés essaient de lever de l'argent auprès d'investisseurs pour
effectuer des recherches sur de nouveaux médicaments (principalement contre le diabète, le cancer et l'immunologie) qui pourraient ne jamais aboutir. Peptimmume, par exemple, a levé et englouti
déjà 85 millions de dollars sans pour autant avoir de médicaments sur le marché. Dans le contexte actuel, les investisseurs privés gèrent avec prudence leurs investissements, et évitent donc les
profils très risqués.
Et le marché n'est pas favorable aux introductions en Bourse pour les biotechs qui auraient pu espérer
trouver par ce biais des financements. Au premier semestre 2008, les introductions en Bourse ont chuté de 93% aux Etats-Unis et de 82% en Europe, selon France Biotech. D'ailleurs pour l'heure,
une seule entreprise, Bioheart, s'est introduite en Bourse aux Etats-Unis en 2008, en levant au passage 5,8 millions de dollars. En 2007, France Biotech dénombrait 109 introductions pour un
montant total de 2,9 milliards de dollars.
Aujourd'hui les entreprises qui n'ont aucun produit sur le marché, qui n'ont pas accès au marché boursier
pour lever de l'argent, qui n'ont que six mois de trésorerie devant eux, risquent de faire faillite dans les prochains mois.
Ralentissement des offres de rachats des laboratoires
Surtout que les biotechs risquent de ne pas profiter d'offres d'achat de grands laboratoires pharmaceutiques, comme
c'est le cas depuis 2007. En effet, avec l'expiration des brevets, la concurrence des fabricants de génériques, et le coût de la recherche et développement, les grands laboratoires sont
actuellement à la recherche des nouveaux relais de croissance, en nouant des partenariats ou même en achetant des entreprises de biotechnologies. Les rachats les plus emblématiques restent de
MedImmune par AstraZeneca pour 15,6 milliards de dollars, de Serono par Merck pour 14,5 milliards de dollars. Ce type de transactions entre une entreprise de biotechs et un grand laboratoire a
explosé, notamment en Europe (+700% selon Ernst & Young). En 2007, France Biotech note que le montant de ses opérations a atteint 50 milliards de dollars. Cette tendance s'est poursuivie au
premier semestre 2008, mais la sévérité de la crise pourrait changer la donne. Et puis les laboratoires pharmaceutiques ne peuvent pas racheter toutes les entreprises de biotechnologies (petites
et souvent pas encore matures), elles mêmes déjà en quête d'un nouveau modèle économique.
Anne-Sophie Galliano
E24
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