Par haly-jade, dimanche 7 décembre 2008 à 13:59 dan
Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Et surtout au Parti Socialiste. Pour preuve, l'élection de Martine Aubry
au poste de premier secrétaire du PS, avec 102 voix d'avance sur Ségolène Royal, a résolument officialisé la scission du parti de la rose, dorénavant décomposé en deux parties distinctes: Les
pro-Aubry, d'un côté, et de l'autre, les pro-Royal. Le Conseil national du PS, tenu samedi, n'a pas permis de mettre tout le monde d'accord, au contraire, il n'a fait qu'ajouter de l'huile sur le
feu battant déjà son plein dans la maison rose, en entérinant la motion (texte d'orientation politique) de la maire de Lille au détriment de la ligne idéologique de la Présidente de la région
Poitou-Charentes. Et cela, avec 150 membres absentéistes (tous royalistes) pour un conseil d'un peu plus de 300 membres. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase du camp Royal, estimant
que "tout a été fait pour mettre Ségolène Royal (et ses lieutenants, NDRL) dehors".
Énième épisode dans la série noire de la guerre des chefs au Parti Socialiste: Les royalistes, estimant qu'on leur a "fermé la porte" avec l'adoption, samedi, du texte d'orientation politique de
Martine Aubry, par un Conseil national du PS présidé par le premier secrétaire fraîchement élu, montent à tour de bras au front pour décrier "un faux départ" et pour épingler une direction
arbitraire dont "la volonté était clairement de nous (les royalistes, NDRL) exclure de la direction du Parti socialiste", a déclaré Vincent Peillon, dimanche, dans un entretien accordé au
JDD.fr.
Ce qui nourrit la grogne des lieutenants de Ségolène Royal, ce n'est pas tant la victoire de la motion de la maire de
Lille, c'est semble-t-il les conditions de celle-ci: "Aujourd'hui, un Conseil national de plus de 300 membres a approuvé cette ligne à moins de 150 membres. Cela s'appelle une minorité", s'est
indigné Vincent Peillon. En sachant que la motion de la Présidente de la région Poitou-Charentes était sortie gagnante avec 29% des suffrages, lors du vote dans les sections locales PS, oréganisé
jeudi 06 novembre.
Cette victoire du texte d'orientation politique de Martine Aubry fait ainsi office de pavé dans la mare qui exacerbe
les frustrations des lieutenants de Ségolène Royal, d'ores et déjà désabusés par la défaite de leur mentor, à l'élection du premier secrétaire du parti de la rose. François Rebsamen, numéro deux
du PS et surtout, proche de la Présidente de la région Poitou-Charentes, est sorti de ses gants pour constater les dégâts: "Il y a des phrases qui montrent un certain mépris et un certain
ostracisme vis-à-vis de 50% du Parti socialiste", a-t-il souligné, avant d'approuver le refus des pro-Royal de boucher les trous d'une direction estampillée Aubry: Le député-maire de Dijon
envient alors à minimiser les postes qui leur étaient proposés, en les qualifiant de "strapontins".
Il y a de l'eau dans le gaz. Et, Vincent Peillon, ne décolère pas. Malgré les multiples appels au calme du député
européen et nouveau porte-parole du PS, Benoît Hamon: "Maintenant, il faut travailler, la partie est terminée, "game is over" comme on dit en anglais", a-t-il exhorté les royalistes, s'efforçant
de couper court à un branle-bas de combat qu'il trouve infondé, dans la mesure où la motion de Ségolène Royal n'était pas majoritaire, fait-il savoir, et que le texte d'orientation politique de
Martine Aubry a obtenu une majorité, pense-t-il.
Balayant d'un revers de manche la perche tendue par Martine Aubry "la porte est toujours ouverte", en rétorquant que
"la porte est toujours fermée", Vincent Peillon ne se résigne pas pour autant: "J'espère que ce faux départ sera corrigé. C'est comme en athlétisme, il y a des faux départs". Même s'il ne se fait
pas d'illusion quant à l'état de santé actuel du parti de la rose et à son devenir: "Le parti ce matin n'est pas en ordre de marche et j'ai regardé la direction telle quelle est composée. Cela ne
permet pas de rassembler les socialistes, de s'opposer comme nous le devons à Nicolas Sarkozy".
Après la Rochelle, Reims, l'élection de Martine Aubry et le Conseil national du Parti Socialiste, l'unité à tout point
de vue se fait toujours attendre au Parti Socialiste. Tout porte à croire que ni les instances dirigeantes du PS, ni ses dirigeants, et encore moins, ses militants sont à même d'enrayer ces
dissensions idéologiques qui ravagent le parti de la rose depuis une bonne décennie, rendant inaudibles ses voix d'opposition.
Il faut appeler un chat un chat. Il y a matière à parler de scission, car non seulement le texte d'orientation
politique dit "majoritaire" du premier secrétaire actuel du Parti Socialiste, en l'occurrence Martine Aubry, ne représente qu'un seul et unique courant du parti de la rose, ne laissant aucune
place aux autres courants du parti, mais et surtout, aucun lieutenant de Ségolène Royal ne figure dans l'équipe de direction forte de 19 hommes et 19 femmes de la maire de Lille. Sans parler de
la violation du verdict des urnes, couronnant la motion de la Présidente de la région Poitou-Charentes, ni de l'entrave faite aux principes démocratiques par un Conseil national du PS
unilatéral.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que si Ségolène Royal ne s'est pas fait lésée, Martine Aubry, a tiré pour sa part
les marrons du feu avec des méthodes qui laissent à désirer. En tout état de cause, il s'agit d'une double victoire en dehors des règles de l'art. Ce qui est tout à son honneur. On serait presque
tentés d'enquêter sur les coulisses de son élection dans un fauteuil à la mairie de Lille.
Devant ce "coup d'état", le bras armé démuni de Ségolène Royal, reste quand même sur les pieds de guerre, espérant
néanmoins un cessez-le-feu dans les jours qui viennent. Comme en témoigne Vincent Peillon: "Nous sommes au cœur du parti. Nous continuerons de porter le rassemblement et la rénovation et on ne
peut participer à cette mascarade. Espérons qu'il y aura un nouveau départ". L'espoir fait vivre! Mais force est de constater qu'au Parti Socialiste, pour être libre, il faut perdre tout
espoir.
JDD

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