Jeudi 29 janvier 2009
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SAUVER GAZA
Par Pierre
« Une voix s'est fait entendre à Rama,
Des pleurs et beaucoup de lamentations ::
C'est Rachel qui pleure ses enfants ;
Elle n'a pas voulu être consolée,
Parce qu'ils ne sont plus. »
L'évangile de saint Matthieu cite cette lamentation du prophète Jérémie à
propos du massacre des Saints Innocents par le roi Hérode. Aujourd'hui Rama c'est Gaza qui pleure et ne peut accepter d'être consolée.
Je fais partie des gens qui ont grandi avec la Bible, qui ont appris à
comprendre les événements quotidiens en prenant du recul, de la hauteur, pour voir au-delà des apparences, qui ont systématiquement inscrit leur petite histoire dans la grande, entre le Ciel et
la Terre. C'est ainsi que j'ai appris à devenir un homme, jusqu'à la vieillesse maintenant.
Je sais - et non plus je crois, comme quand j'étais petit – que tous les
hommes sont frères, comme s'ils étaient sortis du même ventre, Adam et Eve, ou plutôt des mêmes entrailles divines – rahamim selon le terme hébreu, qui lie Dieu et l'homme de manière concrète et
indélébile, comme une mère à son enfant. Ce sont ces « entrailles de miséricorde » qui frémissent devant la détresse humaine, dans le Benedictus de saint Luc, celles-là même que le
Coran invoque au début de chaque sourate : « Dieu qui fait miséricorde, le Miséricordieux »...
Je sais, parce que je l'ai expérimenté toute ma vie, que cette miséricorde qui
nous façonne et nous lie les uns aux autres n'a rien de magique, rien de mécanique ou d'automatique : ça ne fonctionne que si le coeur est constamment purifié et ranimé, relancé, réactivé, quelle
que soit la pile qu'on utilise, religieuse ou non.
Il n'y a pas pire danger pour l'homme que de se mettre à la place de Dieu, que
de se croire tout-puissant au-dessus de ses frères. Tous les prophètes, et Jésus et Mahomet n'ont cessé de le répéter. Aujourd'hui chez nous on a pris l'habitude de diaboliser les
musulmans, les considérant comme des croyants fanatiques et obscurantistes, mais on applaudit le président américain prêtant serment sur la Bible et entourant son investiture de prières
!
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous
ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors, et qui au dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impureté. Vous de même, au dehors vous paraissez justes
aux hommes, mais au dedans vous êtes remplis d'hypocrisie et d'iniquité... Je vous envoie des prophètes, des sages, des savants, mais vous tuez et crucifiez les uns et vous torturez les autres et
vous les persécutez de ville en ville. » Matthieu 23.
Le massacre de Gaza – après tant d'autres – devrait nous ouvrir les yeux après
nous avoir brisé le coeur. Jérusalem a symbolisé pendant des siècles l'alliance entre Dieu et l'homme, « la lumière des nations », on disait. Mais pendant des siècles aussi chaque
famille religieuse a voulu en prendre possession, s'accaparant chacune un morceau de « Terre Sainte » et occupant son territoire. Jusqu'à ce que les Britanniques avec la Déclaration de
Balfour en 1917 et l'ONU en 1948 donnent naissance à un monstre : un état juif en Palestine. Ainsi Jérusalem qui avait brillé comme le phare de la civilisation occidentale, de notre culture
judéo-chrétienne est devenue le poste avancé de l'impérialisme occidental, c'est-à-dire la porte de l'enfer, où de massacre en massacre le monde entier s'enfonce, année après
année...
A Gaza, Israêl est devenu la honte de tous les Juifs, et le soutien des
dirigeants internationaux en a fait le déshonneur de l'humanité tout entière, avec un terrible florilège de mensonges, de provocations obscènes, de discours cyniques, avec pire encore
l'utilisation de nouvelles armes d'extermination (bombes au phosphore, smart-bombs GBU 39, bombes à l'uranium appauvri)... Il s'agit d'un véritable viol de nos consciences, d'un processus
pernicieux de déshumanisation.
Et maintenant nos medias occidentaux vont tout faire pour qu'on oublie les
massacres, qu'on traite ceux qui résistent à l'occupation, à l'enfermement, à l'extermination comme des terroristes impénitents, barbus et incultes – des non-hommes. Ils vont continuer à soutenir
un état dont la politique terroriste depuis plus de 60 ans gangrène l'humanité entière tel un cancer, un état qui a besoin non pas qu'on le défende mais qu'on le guérisse de sa folie
meurtrière.
A Gaza c'est l'humanité qu'on assassine.
A Gaza c'est le coeur de l'homme qui résiste à
l'avilissement.
A Gaza c'est notre coeur qui est atteint et qu'il faut guérir, qu'il faut
sauver de l'anéantissement.
SAINTE LUCE SUR LOIRE
le 23 janvier 2009
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