Lundi 16 février 2009
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Par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS, GREMMO (Maison de l'Orient et de la Méditerranée-Lyon)
Pourquoi la stratégie d'Israël passe par la radicalisation de ses adversaires ?
L'offensive contre Gaza, maintenant que sa phase active est stoppée, doit être replacée
dans la politique israélienne des dernières années. Israël a constamment justifié son opération par la multiplication des tirs de roquettes et le refus du Hamas de renouveler la trêve conclue en
juin 2008.
Les fondements de cette justification se trouvaient pourtant ébranlés par les
statistiques de Tsahal et la chronologie des faits met en évidence la responsabilité israélienne dans la dégradation sécuritaire. Le retrait de septembre 2005 n'a pas signifié la libération de
Gaza. À l'occupation directe s'est substituée une forme de domination plus oppressive car extérieure. Le blocus, jamais levé en dépit de la trêve conclue à l'initiative de Hamas, a constitué la
matière explosive des violences. Une opération israélienne à l'intérieur même de la bande a fourni le catalyseur de l'explosion. La trêve, dont le principe restait d'actualité pour le Hamas, lui
était devenue dans les conditions du moment quasi impossible à justifier.
L'offensive s'inscrit dans une logique déjà ancienne consistant à tout mettre en oeuvre
pour repousser sine die tout accord sur le fond avec les Palestiniens. Au nom de la survie de l'État juif menacé, Israël joue exclusivement des rapports de forces à la seule fin du maintien de
son occupation militaire et de sa colonisation. L'arrivée au pouvoir par la démocratie des urnes en janvier 2006, insupportable politiquement au président Abbas et aux régimes arabes dits «
modérés » comme idéologiquement aux puissances occidentales, a été utilisée par Israël pour réaffirmer son refus de toute expression institutionnalisée d'une identité nationale palestinienne. Et
la diplomatie internationale, au-delà des condamnations convenues sur la disproportion de la « réponse » d'Israël, lui a de facto donné carte blanche.
Le cessez-le-feu et le retrait israéliens constitueraient un échec. Mais une telle
assertion, à distinguer de celle du renforcement des capacités mobilisatrices du Hamas, dépend des objectifs fixés. La destruction de l'infrastructure militaire de Hamas, si tant est qu'il soit
possible d'éradiquer une guérilla appuyée sur une population civile, aurait nécessité une réoccupation totale et prolongée non envisagée. L'hypothèse du rétablissement du Fatah n'a pas plus été
retenue. De facto le Hamas était donc destiné à retrouver ses responsabilités antérieures au déclenchement des hostilités face à une présidence et un cabinet Fatah de Cisjordanie toujours plus
discrédités auprès de la population.
Le cessez-le-feu israélien a bien été une décision unilatérale et strictement politique,
étant entendu que l'opération, telle qu'elle a été menée, ne pouvait apporter la sécurité aux régions sud d'Israël. La logique militaire, dès lors qu'elle ne peut plus passer pour assujettie à la
destruction des forces armées ennemies, relèverait plutôt de la terreur, dans une totale déshumanisation de l'adversaire.
Pour entretenir l'alignement international sur sa politique unilatérale en matière
palestinienne, Israël mise depuis longtemps déjà sur la radicalisation de ses adversaires, au besoin suscitée par son propre comportement. Les opposants aux politiques israéliennes, qu'ils soient
nationalistes ou islamistes, doivent être « les ennemis de la paix ». En tirant leurs roquettes, les Palestiniens, une nouvelle fois, auront été comme aux échecs obligés par le gouvernement
israélien de jouer un coup perdant.
Ceci amène inexorablement à s'interroger sur l'été 2007 à Gaza quand les forces
régulières du ministère de l'Intérieur et irrégulières du Hamas ont pris le contrôle des QG des forces de sécurité liées à la présidence et de Fatah. Hamas répondait ainsi, la veille de son
exécution programmée, à une tentative de putsch ourdie par les États-Unis et certains éléments de Fatah contre l'Autorité palestinienne issue de la victoire du Hamas aux législatives. Les
objectifs, les moyens et le calendrier du putsch avaient été révélés par la presse israélienne.
Rien n'interdit aujourd'hui de penser qu'informé du niveau d'incompétence des forces
fathaouies, l'establishment israélien ait décidé de précipiter par une fuite une victoire militaire du Hamas qui aurait l'avantage d'affaiblir encore plus le président Abbas, de consacrer la
scission géographique et politique entre Gaza et la Cisjordanie et d'obtenir le soutien de la communauté internationale à une politique anti-palestinienne habillée en politique
antiterroriste.
Sur le fond et par-delà les clivages politiciens, la politique israélienne sortirait
ainsi vainqueur de l'offensive contre Gaza dès lors que « les réalités sur le terrain sont plus hostiles que jamais à un processus de paix » (Robert Malley).
L'HUMANITE.FR
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