Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 00:18

Le 22 juillet 1944 les accords de Bretton Wood organisent le système monétaire mondial autour du dollar américain, mais avec un rattachement nominal à l'or. En 1970 le gouvernement américain décide d’en finir avec la convertibilité du dollar en or.




Planète Asie

 Martine Bulard


Il est évident que ces institutions de Bretton Woods, nées au lendemain de la Seconde guerre mondiale, sanctionnent le rapport des forces économiques et politiques de l’époque : la nouvelle domination des Etats-Unis, les seuls à s’être enrichis durant cette période, la ruine de l’Europe, les prémisses d’un affrontement Est-Ouest, l’inexistence politique de l’Asie (le Japon est au ban des nations, l’Inde en pleine décolonisation, la Chine toujours en guerre… ). Le système monétaire international, malgré la bataille de John Meynard Keynes pour une monnaie commune ( lire Monique Chemillier Gendreau « Un instrument pour une mondialisation maîtrisée », Le Monde diplomatique, novembre 2007) se construit sur le dollar et l’or. Un privilège qui a conduit aux dérèglements actuels.


L’enchaînement infernal remonte au début des années 1970. A l’époque, empêtré dans les déficits pour cause de dépenses militaires liées à la guerre du Vietnam et de sous investissement industriel, le gouvernement américain décide d’en finir avec la convertibilité du dollar en or, décrétée en 1945, lors des accords de Bretton Woods. Le 15 août 1971, le couple dollar-or est remplacé par le seul dollar-papier, que les partenaires de l’Amérique acceptent, sans (trop) renâcler.


John Connally, secrétaire au Trésor du président Richard Nixon, peut déclarer au monde entier : « Le dollar est notre monnaie et votre problème.  » De fait, sans le « privilège exorbitant » du billet vert, première valeur de réserve et principale monnaie de paiement dans les échanges internationaux, il serait totalement impossible de « faire payer aux autres son inflation », selon l’expression qu’utilisa le président de la République de l’époque, Georges Pompidou.


Les « autres  » en question, en effet, sont contraints d’acheter les billets verts émis par Washington, pour éviter l’effondrement total du mécanisme. Cette machine diabolique a permis à Washington de manipuler le dollar à sa guise, et d’accumuler les dettes en toute impunité.


En principe, un pays en déficit récurrent est vite contraint à la dévaluation. Pas l’Amérique. Quand elle veut attirer les capitaux, comme dans les années 1980, elle relève les taux d’intérêts et fait grimper sa monnaie ; quand elle mise sur les exportations, elle laisse glisser le billet vert comme à la fin des années 1990 –début des années 2000. Elle joue d’autant plus facilement que la nouvelle division internationale du travail lui permet d’acheter les marchandises aux pays à bas salaires. La faiblesse des prix de leurs produits compense largement la hausse des prix des denrées importées, liée aux différences de change. Pour l’Amérique, c’est le poker gagnant. Les déficits s’accumulent, mais ce sont les pays émergents (Chine, Russie…) et le Japon qui paient. On en voit désormais les limites économiques et politiques.


Les droits de tirage spéciaux, que mettent en avant les dirigeants chinois, ont été créés en 1969 – deux ans avant la fin de la convertibilité du dollar – pour tenter de limiter les privilèges du dollar. Leur valeur est établie à partir d’un panier de monnaie (dollar, euro, yen, livre) et donc moins dépendante de la politique d’un seul Etat. Ils ont été sous-utilisés notamment sous la pression des Etats-Unis qui voyaient d’un mauvais œil la perspective de voir disparaître les prérogatives de leur monnaie.


La donne pourrait-elle changer aujourd’hui ? Effectivement, les DTS(1) pourraient servir de base pour un emprunt international du FMI qui manque furieusement de ressources et, au moins dans un premier temps, servir d’instrument de refinancement entre les banques centrales. Ainsi aucun pays ne pourrait accumuler des déficits géants et des dettes colossales. Encore faudrait-il que les Etats-Unis renoncent à leur poids exorbitant au sein même du FMI auquel aucun pays seul ne peut s’opposer- jusqu’à présent aucune coalition n’a remis en cause leur pouvoir. A la suite de Pékin, Moscou a proposé un nouveau partage des droits de vote et l’élargissement du panier de monnaies servant à calculer les DTS au yuan, au rouble et à l’or. Cela suppose que Washington accepte l’idée même d’une monnaie commune – ce qui ne semble guère à l’ordre du jour, M. Barack Obama ne cessant de répéter sa volonté d’assurer le « leadership » de l’Amérique dans le monde.


Quant à la Chine, elle réclame un poids plus grand dans le gouvernement des affaires du monde, mais elle n’entend pas se défausser des moyens d’intervention économique – et notamment du contrôle des changes. Pour l’heure sa monnaie, non convertible, ne peut apparaître comme une monnaie de réserve crédible. Sa proposition d’utilisation des DTS vise surtout à casser le jeu actuel. Elle ne semble guère plus disposée à faire pression sur les dirigeants du FMI pour en finir avec les conditions édictées en contrepartie de leurs prêts (baisse des dépenses publiques, déréglementations…).


Pourtant comme l’explique à juste titre M. Montek Singh Ahluwalia, président du Commissariat au plan du gouvernement indien : « On ne peut que déplorer, indique-t-il, qu’au fil des années, la politique du FMI soit devenue synonyme de conditions de prêts rigides et intrusives, et de stigmatisation de tous ceux qui y ont accès ! Cela ne peut conduire les pays à dégager des excédents pour constituer d’importantes réserves financières » ( entretien au Monde de l’Economie, 31 mars 2009). C’est effectivement la politique suivie par les pays asiatiques après la crise des années 1997-1998. Singulièrement par la Chine.


Toutefois Pékin cherche à se dégager du piège de l’extraversion, qui à la faveur de l’actuel tsunami, se referme. D’où son plan de relance afin de privilégier la consommation (lire La Chine, la relance et la consommation ). D’où la multiplication des accords bilatéraux pour contourner le billet vert.



La Chine autorise désormais les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars) qu’elle souscrira. Selon People’s Daily, « d’ici quelques années, la Chine aura transformé en obligations d’autres nations libellées en renminbi »(autre nom du yuan ). La prévision est sans nul doute optimiste. Mais la marche est enclenchée.


Ainsi, selon un article de China Economic Review (« China strikes currency swap deal with Argentina »), un accord a été signé entre M. Zhou et Martin Redrado, le président banque centrale argentine, permettant à Buenos Aires de payer en yuans. Depuis décembre 2008, note la revue économique, « la Chine a conclu des accords d’échange de devises d’une valeur totale de 95 milliards de dollars, avec la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, et maintenant en Argentine ». L’Argentine, comme la Russie et le Brésil, s’est jointe à la Chine pour réclamer une nouvelle monnaie de réserve commune, en remplacement du dollar.


Même avec le visage avenant de leur nouveau Président et ses méthodes plus civiles, les Etats-Unis ne pourront durablement ignorer ces revendications. Dommage que, dans ce débat, l’Europe et la France brillent par leur absence…


Planète Asie


Le DTS est un instrument de réserve international créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres. Les DTS sont alloués aux pays membres proportionnellement à leur quote-part au FMI. Le DTS sert aussi d'unité de compte au FMI et à certains autres organismes internationaux. Sa valeur est déterminée à partir d'un panier de monnaies.(retour)


Publié dans : LA FINANCE CONTRE LES PEUPLES - Communauté : Les antilibéraux
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