Lundi 6 avril 2009
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Si le sommet du G20 nous montre, ou nous confirme une chose, c’est que nos
dirigeants, – employons le terme au plus court pour ne pas tomber dans un grotesque et pompeux “nos dirigeants globalisés” ou “les dirigeants de l’univers”, – ont au moins une politique commune.
En quelque sorte, et complètement réduites à l’apparence, les réunions du G20 seraient plutôt une armistice dans une longue guerre épuisante; le moment où, après s’être déchirés, il est temps,
pour au moins 24 heures, de présenter le spectacle, au sens précis, d’une unité générale, dans la satisfaction générale, tous le monde s’affirmant en général satisfaits et l’événement étant
généralement désigné comme historique de toutes les façons qu’on l’observe. (Puis la suite à l’OTAN, toujours aussi unis, le jour d’après, parfaitement dans le même
sens.)
Cet armistice du G20 est celui, paradoxalement, d’une grande bataille, évidemment gagnée, de la guerre de la communication. Il s’agit du moment, pendant les 24 heures du sommet, où les
adversaires qui s’étripent en générale font armistice pour s’unir car il s’agit alors de convaincre tout ce qui peut être convaincu que les choses vont, sinon bien, dans tous les cas de mieux en
mieux, que nous sommes sur la voie de la reprise, dans tous les sens du mot. A cette guerre, ils excellent, et ils marchent d’un même pas, tout antagonisme dissipé et toute honte bue, au son de
la même musique. A Londres, le 2 avril 2009, ils n’ont pas failli, – chapeau les artistes.
Il ne s’agit évidemment pas de sauter à une conclusion trop facile, de confondre les guerres et de mélanger les enseignements, et de voir ici une étape décisive dans l’évolution générale. Les
tensions et les affrontements subsistent et ils devraient se poursuivre, et ils se poursuivront. C’est simplement qu’il y a deux guerres, celle de la communication livrée pour
convaincre l’opinion publique que ses dirigeants sont à son service et qu’on pense beaucoup à elle; et l’autre, qui est l’affrontement dans une autre dimension et selon d’autres axes,
l’affrontement bien réel, en un sens, des intérêts, des conceptions, des puissances. Si l’on veut, la différence de fond entre les deux peut être ramenée à l’affaire du protectionnisme.
L’anathème contre le protectionnisme est régulièrement réaffirmé, à chaque G20 et à chaque occasion; et la chose, elle, continue à vivre de sa vie propre; alors que les vingt du G20 signaient
l’engagement vraiment plus solennel que jamais de tenir à bonne distance le monstre du protectionnisme, l’OCDE signalait que 17 de ces 20 pays avaient des pratiques qui ne peuvent être qualifiées
que de “protectionnistes”.
Pour le reste et pour en terminer, et pour saluer ce souhait extraordinaire de tous de retrouver la “pleine croissance” comme on attend la Grande Nouvelle alors que cette “pleine croissance”
est à la base du désastre général qu’est devenu notre époque, – pour le reste, observons que le G20 confirme simplement que personne, parmi “nos dirigeants” ne sait où nous allons, que
personne n’imagine qu’il importe de mettre complètement en cause ce système qui est la cause de tout, que personne ne saurait d’ailleurs quoi lui substituer et qu’il existe enfin une vague
sensation qu’après tout, avec un peu d’entrain, un peu de confiance revenue, les choses pourraient se remettre en place. Le paradoxe de cette situation est qu’à côté de ce sentiment général, qui
relève évidemment de la phase de la guerre de communication que nous avons vue à l’œuvre à Londres le 2 avril, il existe l’autre guerre d’affrontement où nombre des combattants unis dans la
guerre de communication retrouvent toute leur alacrité et, pour trouver des munitions, mettent directement en cause le système qu’ils adorent à chaque nouveau communiqué du G20. Là aussi, la
situation est semblable à celle qui prévaut avec le protectionnisme. Certes, il y a un petit air de schizophrénie mais l’on se soigne.
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