L'âge moyen de décès des personnes vivant dans la rue est très nettement inférieur à celui de la population générale: 56 ans pour les hommes... et 41 ans pour les femmes, plus vulnérables. La moyenne descend à 37 ans pour les personnes présentant des problèmes de santé mentale. Contre 77 ans pour un homme et 84 pour les femmes chez l'ensemble des Français.
Ces données sont l'un des enseignements d'une étude réalisée à Marseille conjointement par Médecins du Monde, l'Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et des
associations.
L'enquête porte sur un échantillon relativement restreint de 44 personnes, vivant dans la rue mais aussi dans les squats, dans des logements insalubres, dans des foyers, suivis à
l'hôpital...
Les explications de Vincent Girard, psychiatre à l'AP-HM, coordinateur d'une équipe mobile de psychiatrie, présente sur le terrain, et l'un des auteurs de cette l'étude.
Vous dénoncez en préambule de votre étude le manque de statistiques en France sur les sans-abri...
On ne sait même pas combien il y a de personnes sans-abri (ou «sans chez soi», pour utiliser une définition qui me paraît plus juste). Et donc encore moins comment elle évolue, alors que ça
devrait être la première chose à faire pour pouvoir prétendre lutter contre la grande exclusion.
Pourquoi dispose-t-on de si peu de données?
Tout simplement parce que les pouvoirs publics ne s'en donnent pas les moyens, tout comme on n'évalue pas au fur et à mesure les politiques que l'on mène sur l'exclusion. Aux Etats-Unis, on
recense les sans-abris depuis les années 80, chaque année.
Concrètement, comment faire pour recenser les sans-abris?
Il existe une méthode très simple et peu coûteuse, que l'on appelle en statistiques par «capture et recapture»: shématiquement, on quadrille une ville, on repère combien il y a de sans-abri dans
chaque petit carré, et, par projection, on peut avoir une bonne estimation globale. Ce travail a commencé à être fait à Paris, mais pas à l'échelon national. A Marseille, nous n'avons pas de
chiffres, mais on estime à entre 7.000 et 10.000 le nombre de sans-abri.
Votre étude met en évidence une moyenne d'âge de décès très inférieure à la population générale. Quelles sont les causes de mortalité dans la rue?
Sur la quarantaine de dossiers que nous avons étudié, il y a six suicides. Ce taux important nous a surpris, mais il est à relativiser car difficilement généralisable sur un échantillon plus
grand. Les autres cause de décès sont le VIH, des infections pulmonaires, des cancers, des pathologies digestives comme des cirrhoses... La présence de pathologies psychiatriques abaisse encore
l'âge moyen de mortalité, à 37 ans.
L'espérance des vie dans la rue est très inférieure chez les femmes, pour quelles raisons?
Dans la rue, les femmes sont moins capables de se défendre. Le viol, notamment, est pour elles une expérience normative, c'est-à-dire qu'elles en sont victimes dans 100% des cas, et parfois très
rapidement, dans les premiers jours de leur vie dans la rue;
source : LIBERATION
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