Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 00:30

 

Deux cents clandestins arrêtés avant la visite ministérielle

A deux jours de la venue du ministre de l’Immigration à Calais, la police a interpellé hier de nombreux migrants. Enquête sur ces clandestins qui rêvent de l’eldorado anglais.


Des campements de fortune cernés par des centaines d’uniformes. Près de deux cents migrants interpellés et placés en garde à vue. Plusieurs opérations coups de poing ont été menées hier à Calais (Pas-de-Calais) et sur des aires d’autoroute de la région, où affluent en permanence des centaines d’exilés qui cherchent à passer en Grande-Bretagne. Conduites sur réquisition judiciaire, mais à l’avant-veille d’une visite du ministre de l’Immigration sur place, ces vagues d’arrestations ont suscité une volée de critiques. « Un coup de communication qui ne répond pas au besoin de protection de ces gens, dont la plupart viennent d’Afghanistan et d’Irak », jauge Pierre Henry, de France Terre d’asile. « Est-ce courir après les passeurs que de rafler ces réfugiés qui dormaient ? » interroge l’abbé Boutoile, du collectif calaisien C’Sur.

 

« La guerre aux passeurs »

 

« Il fallait réaffirmer, face à la dégradation de la situation, que force doit rester à la loi ! » rétorque Eric Besson, qui se défend de toute corrélation avec sa visite. Le ministre, qui a fait du dossier « Calais » une priorité, doit annoncer demain une première série de mesures. « Rétablir l’Etat de droit dans cette ville, là est la question de fond, que ce soit deux jours avant ou trois après ma venue », insiste le ministre, pour qui l’objectif est d’engager « la guerre aux passeurs ». « Ce type d’opération est nécessaire. Notre ville est prise en otage ! Il y a en ce moment huit cents migrants à Calais », souligne la maire (UMP) de la ville, Natacha Bouchart, qui s’emporte contre les Britanniques, non signataires des accords de Schengen, et dont les conditions d’accueil pour les étrangers, estime-t-elle, demeurent « trop attrayantes ».

Depuis la fin des années 1990, à l’unisson de l’Union européenne, la Grande-Bretagne a pourtant fermé ses portes de façon drastique : enfermement illimité des demandeurs d’asile dans des centres de rétention prisons, établissement de contrôles d’identité pour les étrangers et expulsions massives… Dans les réseaux qui leur font franchir les frontières, et qui vendent désormais le mirage des pays scandinaves, le bouche-à-oreille l’a depuis longtemps diffusé : hormis pour quelques « chanceux », l’eldorado anglais n’est plus le rêve espéré. Auparavant transitoire, le passage par Paris s’inscrit de plus en plus dans le temps. Ainsi de ce jeune Afghan, tué le 5 avril dernier square Villemin, en France depuis plusieurs mois. Et ceux qui parviennent encore à traverser la Manche n’ont désormais pour seule issue, lorsqu’ils s’extirpent des camions, que de se fondre dans la clandestinité.


source : LE PARISIEN
Publié dans : RACISME,EXPULSIONS, IMMIGRATIONS
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