Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 00:15

L’homme qui menaçait les Etats-Unis



Samedi 18 avril 2009. Dans cinq heures, le vol Air France 438, en provenance de Paris, atterrira à Mexico. Soudain, la voix du commandant de bord annonce que les autorités américaines interdisent à l’appareil le survol de leur territoire – où il n’est nullement prévu qu’il atterrisse. Parmi les voyageurs, figure une personne qui pose problème « pour des motifs de sécurité nationale ». Le Boeing 747 est dérouté. Son nouveau trajet étant beaucoup plus long, l’avion se pose à Fort-de-France pour refaire le plein de carburant.


Après l’escale en Martinique, le copilote aborde discrètement un passager. « Etes-vous M. Hernando Calvo Ospina ? » Recevant une réponse affirmative, il l’entraîne à l’arrière de l’appareil et lui annonce qu’il est le « responsable » du « détournement »


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UN ARTICLE D'HERNANDO CALVO OSPINA

L'HUMANITE LE 20 AVRIL 2008

Une Colombie sous la botte militaire

Le livre que vous venez de publier est titré Colombie, derrière l’écran de fumée, histoire du terrorisme d’État. De quel rideau de fumée s’agit-il ?


Hernando Calvo Ospina. La Colombie a la réputation d’être une démocratie mais on y totalise des crimes jamais égalés en Amérique latine. Je n’aime pas procéder à des comparaisons, surtout lorsqu’il s’agit de morts, mais comment parler de démocratie lorsque, depuis 1986 jusqu’à aujourd’hui, il y a eu plus d’assassinats et de disparitions dans ce pays que durant les dictatures du cône Sud ? Parce que nous élisons tous les quatre ans un civil à la tête de l’État, il se dit que nous sommes une démocratie. En réalité, c’est la botte militaire qui dirige le pays.


Comment qualifieriez-vous aujourd’hui l’État colombien ?

Hernando Calvo Ospina. C’est un État narco-paramilitaire. Que la présidence soit occupée par Alvaro Uribe ou n’importe qui d’autre, l’État, tel que l’a laissé l’ex-président Andres Pastrana, repose sur une structure de pouvoir narco-paramilitaire qui ne vise pas seulement à en finir avec les guérillas. Elle a pour objectif d’exploiter les ressources naturelles telles que le pétrole. Et ce, en toute tranquillité. On oublie souvent que la terreur permet de frayer un chemin vers les côtes colombiennes, aux frontières du Venezuela et du Panama, pour l’exportation de cocaïne qui a enrichi un secteur de l’économie et financé la contre-insurrection. Dans de nombreuses régions où se trouvent les narco-paramilitaires, il n’y a pas de guérillas. En revanche, il existe d’immenses ressources stratégiques.


Quel rôle jouent les États-Unis ?


Hernando Calvo Ospina. Ils sont impliqués militairement dans la contre-insurrection et la lutte contre le narcotrafic à travers les plans « Colombie » et « Patriote ». Or, depuis leur mise en place, le trafic de drogue a augmenté. Par ailleurs, la présence des États-Unis est permanente et décisive aux niveaux politique et économique, en raison de ses visées stratégiques.


La Colombie a pratiquement perdu sa souveraineté au profit de Washington.


Au regard de ce panorama, comment peut-on comprendre la réélection d’Alvaro Uribe ?


Hernando Calvo Ospina. Il a été élu en 2002, puis réélu en 2006, grâce à l’appui de la terreur. Les paramilitaires ont obligé des Colombiens à voter pour lui. Je ne nie pas que de nombreuses personnes, notamment la petite bourgeoisie, soutiennent Alvaro Uribe parce qu’il a promis qu’il mènerait une politique dure à l’égard des guérillas. Mais il faut rappeler qu’il a gagné les élections avec 52 % des suffrages mais avec une abstention à 53 %. N’oublions pas aussi que le président bénéficie de l’appui des principaux médias.


Les poursuites judiciaires lancées contre plus de soixante parlementaires pour liens présumés ou avérés avec le paramilitarisme ne révèlent-elles pas également la désintégration des institutions officielles ?


Hernando Calvo Ospina. Dans les années quatre-vingt, le paramilitarisme a peu à peu assumé des responsabilités au sein des structures de l’État au point que celui-ci ne peut vivre sans lui. Au point de devenir aussi la principale force contre-insurrectionnelle et de répression dans les territoires économiquement stratégiques. L’État et surtout le gouvernement d’Alvaro Uribe se maintiennent grâce à l’appui total de Washington. La plus grande crainte d’Uribe, et c’est pour cela qu’il cherche une seconde réélection, est de redevenir un simple civil. J’aime à rappeler cette phrase de l’ex-secrétaire d’État Henry Kissinger : « Être notre ennemi, c’est dangereux. Être notre allié, c’est pire. » Les États-Unis possèdent d’importants dossiers sur les relations entre Alvaro Uribe,


le paramilitarisme et le narcotrafic. Aujourd’hui, l’homme est utile à Washington dans sa stratégie contre la guérilla, même si les États-Unis n’en viendront pas à bout par la voie militaire. Alvaro Uribe leur sert également à déstabiliser les présidents vénézuélien et équatorien. C’est son rôle fondamental à l’heure où les États-Unis perdent du pouvoir en Amérique latine. Tant qu’il sera leur cheval de Troie, Alvaro Uribe aura leur soutien.


Entretien réalisé par Cathy Ceïbe


L'HUMANITE.FR


Publié dans : AMÉRIQUE LATINE, CARAÏBES
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