Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 00:13


La pauvreté regagne du terrain en Amérique latine


L’impact de la récession mondiale se fait sentir dans la région. Les plus vulnérables sont les plus exposés. Les gouvernements adoptent des plans « anticrise ».



La crise mondiale fait mal aux plus pauvres en Amérique latine. Fin 2008, un Latino-Américain sur trois, soit 182 millions de personnes, vivaient dans la pauvreté avec moins de 2 dollars par jour selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL). Ils étaient plus de 220 millions au début des années 2000 au sortir des plans d’ajustement structurels néolibéraux imposés par le FMI, un recul de dix points (40 millions de personnes) malgré d’énormes inégalités sociales. Selon les estimations de cet organisme des Nations unies, le nombre de personnes qui survivent aujourd’hui dans des conditions d’extrême pauvreté disposant de moins de 1 dollar par jour pour manger a en revanche augmenté. Cette inversion alarmante a précédé la crise mondiale, notamment avec la hausse des denrées alimentaires (le riz, le blé et le maïs) affamant 11 millions de Latino-Américains, et par endroits une flambée de l’inflation.

 

 

En 2009, autre constat de la CEPAL, la région cesse de croître et s’appauvrit. Les projections les plus optimistes situent sa croissance à 1,9 %, elle devrait être nulle ou négative au Brésil, pays phare de la région, mais, pour les experts, cela ne devrait pas affecter les économies dont les équilibres ont été restaurés durant les années de forte croissance et ont permis de dégager des réserves.Toutefois, les coûts réels de la crise sont élevés. Les pays d’Amérique centrale aux économies dollarisées, le Mexique et les Caraïbes subissent de plein fouet la récession aux États-Unis, mais aussi la chute drastique des envois d’argent (remesas) de leurs expatriés. La forte réduction de la demande mondiale de produits d’exportation, tels que le pétrole (Venezuela), le soja (Argentine, Brésil) et le cuivre (Chili), se traduit par une baisse du prix des matières premières, une diminution de la production et une montée du nombre de chômeurs (estimés à 4 millions entre 2007-2009 par le Bureau international du travail).

 


Cette dégradation des conditions de vie de la population, en particulier pour les plus vulnérables, les travailleurs informels, les femmes et les jeunes, représente une véritable bombe à retardement. Dix millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté.Les gouvernements mis à rude épreuve ont mis en place des programmes « anticrise » visant à relancer l’offre de crédit pour la production et la consommation, à alléger les impôts et à aider les plus démunis en s’appuyant sur des programmes sociaux existants : « paquet » chilien de 4 milliards de dollars, création d’un « fonds de solidarité » avec les ressources des impôts à l’exportation de soja en Argentine, renforcement de la « Bolsa familia » (bourse famille) au Brésil assurant un revenu mensuel à 40 millions de pauvres et des « missions » vénézuéliennes.

 


Par ailleurs, plusieurs pays ont augmenté le salaire minimum et renforcé le dispositif de sécurité sociale (Brésil et Venezuela). Dans tous les pays, on assiste à une hausse de l’investissement public dans les infrastructures (énergie, construction, transport) comme le Venezuela qui a décidé d’investir 100 milliards de dollars dans les infrastructures et la construction de logements sur quatre ans.

 


Fait nouveau, en nationalisant partiellement les hydrocarbures, les gouvernements vénézuélien et bolivien ont acquis les moyens de mettre en oeuvre d’importants programmes sociaux. Avec l’Alba (Alternative bolivarienne pour les Amériques), le Nicaragua, la Bolivie, le Venezuela, Cuba puis le Honduras ont ouvert un nouvel espace régional où des alliances énergétiques se nouent et où la Banque du Sud, avec sa monnaie commune (le sucre), voit le jour pour desserrer l’étau des institutions financières internationales. Coopération et solidarité, ce peut-être aussi la réponse latino-américaine pour faire face au défi de la crise et de la pauvreté.

 


Bernard Duraud

 


HUMANITE .FR

Publié dans : AMÉRIQUE LATINE, CARAÏBES - Communauté : les anti-capitalistes
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