DEUX FAITS DIVERS QUI DÉFRAIENT LA CHRONIQUE
« Hou la menteuse », et en plus elle est teigneuse
Une mère de famille sera entendue par la police judiciaire pour avoir laissé un commentaire sur une vidéo de
Nadine Morano
Une injure qui secoue Internet
usqu'à ces derniers jours, Dominique Broueilh, cette mère de famille de 49 ans domiciliée à Saint-Paul-lès-Dax, ignorait tout de la brigade de répression de la délinquance contre la personne. Une
unité basée dans le 13e arrondissement de Paris et rattachée au 36, quai des Orfèvres.
Pourtant, jeudi prochain, le 11 juin, à 16 heures, c'est bien par un de ces officiers de police judiciaire de la capitale qu'elle sera entendue dans les locaux du commissariat de Dax où elle a
été invitée à se rendre, comme le stipule la convocation qu'elle a reçue chez elle, fin mai. Une lettre à le lecture de laquelle elle a tout simplement appris qu'elle était au coeur d'une
procédure initiée par Nadine Morano, la secrétaire d'État à la Famille.
Laquelle a déposé plainte contre X, le 13 février, auprès du tribunal de grande instance de Paris, pour « injures publiques envers un membre du ministère » sur Internet. Et plus précisément sur
le site Dailymotion. Un site surtout connu pour ses innombrables vidéos et sur lequel Dominique Broueilh a laissé le commentaire suivant : « Hou la menteuse ».
Trois mots, pas plus, qui n'accompagnaient rien d'autre qu'une vidéo de la députée UMP de Meurthe-et-Moselle sur le plateau d'i-Télé où l'élue s'expliquait, entre autres, sur son apparition en «
catimini » à un meeting de Ségolène Royal. Dans cette émission, la ministre se montre particulièrement irritée par l'attitude du journaliste qui l'interviewe. Et cela, bien entendu, a fait le
bonheur des internautes, en particulier de ses détracteurs.
« J'ai cru à une blague »
Sauf que face au torrent d'insultes qui s'est déversé sur le site, Nadine Morano a porté plainte. Une éventualité que n'avait en aucun cas imaginée Dominique Broueilh. Et ce, d'autant moins que
si son enfantin « Hou la menteuse » relève, en effet, de l'injure d'un point de vue juridique, il reste de loin l'un des propos les moins agressifs et insultants de ce que l'on peut lire sur
Nadine Morano.
C'est la raison pour laquelle elle a d'ailleurs cru à une blague lorsque le policier en charge de l'affaire lui a téléphoné pour la prévenir des charges qui pesaient sur elle. « Au début je n'y
ai pas cru, mon mari et mes enfants non plus. Je me suis dit que ce n'était pas possible. Je ne l'ai pas insultée. Je ne me rappelais même plus de ce commentaire. Ça date de quelques mois. Pour
moi, "Hou la menteuse", c'est avant tout une chanson de Dorothée. Je voulais faire de l'ironie. »
Pourtant, très vite, elle comprend que l'homme au bout du fil ne plaisante pas. « Il m'a dit que c'était très sérieux et que j'allais être entendue », raconte-t-elle.
« C'est un abus de pouvoir »
Les jours qui suivront cet entretien seront difficiles à vivre. « J'ai eu très peur, confie-t-elle. Maintenant, ça va mieux, mais j'ai paniqué. Je ne comprends pas. Pour moi, c'est un abus de
pouvoir. Si j'ai fait ce commentaire, c'est parce qu'on le voit bien qu'elle s'est cachée au meeting de Ségolène Royal : c'est criant de vérité. »
Aujourd'hui, cette affaire lui rappelle une certaine Espagne : « J'y suis allée du temps de Franco, je me rappelle qu'on me disait qu'il ne fallait pas parler, qu'on n'avait le droit de rien
dire... Quand mes enfants se traitent de menteurs, je ne les fâche pas, ce n'est pas insultant. Mais quand je vois que le prof de philo qui a dit "Je te vois Sarko" a été condamné à 100 euros, ça
m'inquiète quand même... »
Selon nos informations, une quinzaine d'internautes sont ainsi visés par la même procédure. Laquelle n'inquiète, toutefois, en rien Dailymotion, comme l'explique Giuseppe de Martino, l'un des
directeurs : « La loi est très claire. Nous n'avons aucune obligation de surveillance. Et nous n'intervenons que si on nous alerte, car on ne sait pas ce qui est écrit. »
Hier, sur le site, le flot d'insultes à l'encontre de Nadine Morano était loin d'être tari, certaines présentant même un caractère ordurier... Mais c'est bien Dominique Broueilh, avec son « Hou
la menteuse », qui sera entendue par la police. Reste à savoir si Dorothée sera aussi convoquée...
SUD OUEST
Bagarre à l'école : un enfant de 8 ans convoqué par les gendarmes
Val-d'Oise. Un écolier s'était bagarré dans la cour avec un camarade dont la mère a déposé plainte. La
polémique sur la violence à l'école rebondit.
Un écolier de 8 ans a été convoqué au début du week-end à la gendarmerie de Courdimanche (Val-d'Oise). Il
s'était bagarré pendant la récréation et une mère avait porté plainte.
Les gendarmes s'étaient présentés au domicile familial, pour remettre la convocation à ses parents.
Une démarche qui a laissé ces derniers pantois. La surprise passée, ils l'ont trouvée « ridicule ». Même s'ils n'étaient pas question pour eux de nier la réalité des faits.
« Le petit, expliquent-ils, a été entendu 20 minutes par les gendarmes. Il reconnaît qu'il s'est battu. » Il avoue même qu'ils étaient deux contre un, parce que la victime des coups « cherche
toujours à nous manipuler et à nous commander », a dit l'écolier.
Son père ne décolère pas, jugeant la procédure démesurée : « C'est une histoire qui n'aurait pas dû sortir de l'école, se régler entre adultes, au lieu de dramatiser. »
« S'il y avait un problème l'institutrice nous en aurait parlé et le directeur nous aurait convoqués. »
La mère du garçon ayant déposé plainte, « la convocation est logique », expliquent les gendarmes.
L'incident rappelle celui de Floirac en Gironde. Le 19 mai, deux gamins de 10 et 6 ans, suspectés du vol d'un vélo (ce qui devait s'avérer faux), ont été interpellés à la sortie d'une école et
conduits au poste de police. Comme les gendarmes à Courdimanche, les policiers appelés à Floirac avaient agi sur plainte. Action démesurée au regard de l'âge des suspects ? La ministre de
l'Intérieur a fini par en convenir.
Les enfants de Courdimanche, eux, se seraient déjà réconciliés, alors que leurs parents ne s'étaient pas encore rencontrés ce week-end.
La montée d'un sentiment d'insécurité, entretenu par les réponses surtout répressives du pouvoir (mesures Sarkozy-Darcos pour « sanctuariser » les établissements scolaires), accompagne une
explosion des plaintes qui souligne au moins autant une difficulté à « vivre ensemble » qu'un emballement de la délinquance. « Si l'on ajoute à cela la culture du résultat dans les commissariats
et les gendarmeries, d'autres dérives sont à redouter », s'inquiète pour sa part François Bayrou : « C'est un climat qu'on est en train de créer », déplorait-il hier.
FCPE:«Des réactions outrancières»
La secrétaire générale de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), Christiane Allain, a estimé
hier, lors du congrès de son organisation, que « cela s'inscrit dans le contexte actuel : à force de dire qu'il faut légiférer, fouiller les enfants, ça entraîne des réactions outrancières des
parents ».
« Deux gosses de 8 ans qui se battent, il y en a toujours eu, mais le fait que la mère ait porté plainte, c'est la conséquence directe du discours sécuritaire du gouvernement depuis quelques mois
et surtout depuis une quinzaine de jours » a-t-elle dit.
« Le gouvernement dit que les enfants ont des comportements dangereux et ça renforce la méfiance et la peur des adultes qui les entourent.
Cela dit, la gendarmerie a eu la réponse adaptée en entendant l'enfant avec son père », a-t-elle ajouté.
LA DEPECHE.FR
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