Mardi 9 juin 2009
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Après le discours du président américain
Djamila Bouhired (1) répond à Obama
Monsieur le Président,
Le Comité populaire algérien de soutien à la Palestine et à sa résistance a suivi avec attention le discours que vous avez prononcé le 4 juin à l'université du Caire. Vous y avez abordé
différentes questions sans pourtant aller jusqu'au fond des choses et sans vision d'ensemble prenant en compte toutes leurs dimensions.
Cependant, ce discours revêt une importance particulière s'il est un début dans la voie de la révision par
les États-Unis d'Amérique de leur politique en direction du monde islamique et de ses questions principales. Nous voudrions, dans cette lettre, rappeler certains faits qui peuvent aider à
atteindre ce but.
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Premièrement, le monde islamique, auquel vous vous êtes adressé dans ce discours du 4 juin, représente
certes une région vitale pour les intérêts américains. Les peuples de cette région le savent et le comprennent. Cependant, les États-Unis d'Amérique veulent préserver ces intérêts en les
défendant au lieu d'une négociation honnête à leur sujet. La politique des États-Unis de défense de leurs intérêts est ainsi basée sur l'utilisation de tous les moyens, dont la force
militaire et l'occupation. Ceci explique l'intense présence militaire américaine dans de nombreux pays de la région.Nous pensons qu'une telle politique est vouée à l'échec, quels que soient
les changements de chefs militaires chargés de son application. Il n'existe pas de chef militaire américain qui puisse faire de cette politique une mission couronnée de succès.
La voie suivie par les États-Unis pour défendre leurs intérêts est le nœud gordien des relations de
l'Amérique avec le monde arabe et islamique. Le respect que vous avez exprimé plus d'une fois à l'égard de l'Islam et du monde musulman est, sans aucun doute, sincère, mais il perd beaucoup de
son sens dès qu'il se heurte à cette réalité.
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Deuxièmement, la violence, ou “le terrorisme” dans laquelle l'Amérique range jusqu'à la résistance légitime
à l'occupation s'alimente essentiellement à deux sources :
-la politique américaine, et occidentale de façon générale, à l'égard des causes arabes et musulmanes ;
-la défection des gouvernements nationaux dont les peuples attendaient qu'ils s'élèvent contre cette
politique erronée.
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Troisièmement, la politique occidentale a consisté à gérer la question palestinienne suivant deux
lignes parallèles :
-l’une consistant à soutenir l'occupation sioniste :
-l’autre à faire miroiter continuellement des projets de paix et de règlement dont les résultats ont
été :
de favoriser l'expansion continue de l'occupation sioniste et l'aggravation inquiétante de sa nature et de
ses orientations ;
de voiler
l'occupation par une succession de projets de paix sans arrêt et sans résultats.
Le moment est-il vraiment venu d'un règlement juste de la question palestinienne qui prendrait en
considération les droits légitimes du peuple palestinien ?
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Quatrièmement, nous craignons que la solution proposée de deux États recèle, dans son essence, la même
politique de deux poids deux mesures et soit construite sur une tromperie sémantique : un État réellement existant, disposant de tous les attributs d'un État, armé jusqu'aux dents, appuyé par
les États occidentaux, face à un État n'existant que sur le papier, dont l'existence repose sur le bon vouloir de l'État occupant, et qui serait soumis aux critères et aux concepts de celui-ci
en matière de sécurité et de voisinage.
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Cinquièmement, les initiatives de paix appuyées par les États-Unis exigent des organisations palestiniennes
de renoncer à la résistance avant même la fin de l'occupation qui est, en elle-même, une guerre chronique. Elles exigent aussi la reconnaissance par elles de l'État occupant alors qu'elles ne
sont que des organisations que les États-Unis de plus qualifient de “terroristes”. Or le droit international est formel : ce sont les États qui reconnaissent les États.
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Sixièmement, il est étrange de demander aux États arabes et musulmans de reconnaître Israël, alors que
c'est un État dont on ne connaît ni les frontières ni la nature, et qui, de plus, occupe les terres palestiniennes et celles d'autres États membres des Nations unies. Ne serait-il pas plus
raisonnable et logique, dans le cadre de la solution de deux États, que soit d'abord établi l'État palestinien avec l'assentiment de son peuple, et qu'après la reconnaissance réciproque des
deux États, vienne celle des pays arabes et musulmans.
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Septièmement, le secteur de Gaza représente, dans les circonstances actuelles, le visage dramatique de la
question palestinienne. L'établissement de la sécurité et de la paix au Moyen-Orient nécessiterait-il le blocus de Gaza, d'affamer et d'humilier ses habitants ? Est-il concevable, à l'heure où
prend fin Guantanamo en Amérique, qu'un autre Guantanamo soit créé aux dimensions de Gaza, et cela avec l'appui et la complicité même des États qui font annonce de la paix et y invitent
?
Avec notre respect, Monsieur le Président, et nos souhaits d'une paix juste et véritable dans notre région et
le monde entier.
Pour le Comité, Djamila BOUHIRED/Lakhdar BOUREGAA, commandant de l'ALN
source :
LIBERTE ALGERIE
1-Djamila Bouhired (née en 1935) est une nationaliste algérienne, considérée comme une héroïne de la guerre d'indépendance.
Née dans une famille de classe moyenne, elle est scolarisée à l'école française (il n'y en avait pas d'autres). Elle rejoint le Front de libération nationale durant ses années étudiantes. Elle
travaillera plus tard comme officier de liaison et assistante personnelle de Yacef Saadi à Alger.
En avril 1957, elle est blessée dans une fusillade et capturée par l'armée française (la force coloniale). Elle est soupçonnée d'être une poseuse de bombe, inculpée pour ses actes, torturée et
condamnée à mort. Son exécution est stoppée par une campagne médiatique menée par Jacques Vergès et Georges Arnaud. Ils écrivent un manifeste, publié la même année aux Éditions de Minuit, Pour
Djamila Bouhired. C'est, avec le livre d'Henri Alleg La Question, l'un des manifestes qui alerteront l'opinion publique sur les mauvais traitements et les tortures infligés par l'armée aux
indépendantistes algériens. Devant le tollé international soulevé par sa condamnation, elle est finalement graciée et libérée en 1962.
Elle travaille après sa libération avec Jacques Vergès, qu'elle épousera en 1965, sur Révolution africaine, un magazine centré sur les révolutions nationalistes africaines. Elle a eu 2 enfants de
son mariage avec Vergès.
Sa vie a été adaptée au cinéma par Youssef Chahine, Djamilah sorti en 1958. Son parcours est aussi évoqué dans la première partie du film L'Avocat de la terreur consacré à Jacques Vergès.
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