Le débat sur la participation à la gestion des exécutifs n'est pas clos. "Il n'est pas certain qu'on y arrive. Mélenchon sera peut-être
devant un choix : s'allier avec nous ou avec le PCF", dit-on au NPA.
20 minutes.fr
Rassembler la gauche n'est pas mince affaire, le Parti de gauche et le Parti communiste en font la délicate expérience...
«Poursuivre et élargir le Front de gauche», tel était le vœu formulé début juin par Marie-George Buffet, après le bon score obtenu aux élections européennes par
l’alliance du PCF, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire… Elargir, d’accord, mais à qui? Un véritable numéro d'équilibriste, tant le grand écart entre le NPA d’Oliver Besancenot d’un côté,
le PS de l’autre, semble périlleux. Ce vendredi soir, la secrétaire nationale du Parti communiste retrouve ses camarades Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche, PG) et Christian Picquet (Gauche
unitaire) pour un forum-débat. En coulisses, les tractations ont déjà commencé pour les régionales de 2010.
Entre le Parti de gauche et le NPA, l’affaire semble rouler. Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot se sont rencontrés mardi et ont assuré que, quelles que soient leurs «divergences», leurs
formations respectives «souhaitent œuvrer à la préparation d'une contre-offensive du monde du travail pour faire valoir ses exigences».
Mélenchon le cul entre deux chaises
«Nous préparons ensemble la rentrée sociale, mais aussi les régionales de 2010», a confirmé à 20minutes.fr Pierre-François Grond, membre du comité éxécutif du NPA.
Les anticapitalistes sont prêts à présenter des listes «autonomes et indépendantes» aux régionales avec le PG, mais aussi avec Lutte ouvrière et les Alternatifs. Mais ils n'en démordent pas:
«avec le PS, c'est impossible». Voilà qui douche les espoirs de Benoît Hamon, qui appelait à l'unité quelques jours plus tôt dans «Libération», estimant qu'il était temps de poser «la question de
listes communes».
Voilà qui met aussi Jean-Luc Mélenchon dans une position délicate par rapport à ses alliés du PCF, qui ont une longue tradition d'alliance avec le PS, notamment pour les régionales. «La balle est
dans le camp du PCF», lâche Pierre-François Grond. Le NPA ne ferme pas la porte aux communistes, à condition qu'ils acceptent de ne discuter avec le PS qu'au cas par cas, au second tour des
régionales, mais pas avant.
«Le PCF n'a pas dit non, il se prononcera en octobre», assure à 20minutes.fr Eric Coquerel, secrétaire national du PG, chargé des relations extérieures et unitaires. Un proche de Marie-George
Buffet confie pourtant au «Monde», ce vendredi, ne pas comprendre «la précipitation de Mélenchon» à discuter avec le NPA dès maintenant, perçue comme «une marque de manque de
confiance».
«Un Front de gauche durable»
«Le PG, comme le PCF, veulent construire un Front de gauche durable, avec pour ambition d'être majoritaire à gauche dans les années à venir», annonce Eric Coquerel.
Pourtant, Pierre-François Grond (NPA) l'affirme: «il n'est pas question que le NPA entre dans le Front de gauche».
Le Front de gauche n’est donc pas mort, et une nouvelle alliance se profile. François Delapierre, délégué général du PG, veut rassurer son monde: «Personne ne pense que le PS va rejoindre le
Front de gauche». Olivier Besancenot et Marie-George Buffet auront l'occasion de discuter alliances dès lundi, au cours d'une réunion entre leurs partis respectifs.
Julien Ménielle
LE MONDE :
Alliance mise en place pour les européennes, le Front de gauche continue son combat. C'est en tout cas le message qu'entendent faire passer les responsables du PCF
en organisant un meeting avec ses partenaires au sein de ce front, le Parti de gauche (PG) et la Gauche unitaire (ex-NPA), alors que les différentes forces à la gauche du PS s'agitent en vue des
régionales.
Vendredi 3 juillet, Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon et Christian Picquet tiendront à nouveau tribune commune lors d'un forum sur l'alternative à gauche à la Mutualité à Paris. L'objectif
pour le PCF est de montrer que l'alliance électorale du Front de gauche existe au-delà des européennes et qu'il entend l'élargir au mouvement social. Vendredi, ils ont réussi à associer Maryse
Dumas de la CGT, Annick Coupé de Solidaires, Gérard Aschieri de la FSU, Roland Gori de l'Appel des appels, Aurélie Trouvé d'Attac à ce projet. La députée verte Martine Billard est également de la
partie.
Voilà une semaine que la direction communiste s'efforce de rassurer ses partenaires inquiets de son silence sur les régionales et de ses rencontres avec les dirigeants socialistes. L'entourage de
Mme Buffet assure que les discussions souhaitées "avec toute la gauche" n'hypothèquent pas une alliance aux régionales. La secrétaire nationale souhaite seulement prendre son temps - jusqu'à la
mi-septembre - pour tenter de rallier d'autres groupes militants et des personnalités. Et convaincre ses élus régionaux de l'intérêt d'une telle alliance Front de gauche pour les régionales.
Mais le timing communiste est trop lent pour le PG. Mardi 30 juin, Jean-Luc Mélenchon a grillé la politesse aux communistes en s'affichant aux côtés d'Olivier Besancenot. Ils ont annoncé leur
volonté commune de parvenir à un "accord national sur des listes autonomes indépendantes" associant les forces du Front de gauche, le NPA, Lutte ouvrière, les Alternatifs et la Fédération. Ces
listes seraient indépendantes du PS.
Le degré de cette "indépendance" fait encore débat entre M. Mélenchon et M. Besancenot : si tous deux se prononcent pour "empêcher que des régions basculent à droite" au second tour, le premier
estime possible de "rassembler l'autre gauche et être en tête au premier tour" et, ainsi, dans la gestion des régions, "appliquer notre programme", le second refuse tout accord de gestion avec le
PS et Europe Ecologie et veut en rester à des "fusions techniques". Le débat sur la participation à la gestion des exécutifs n'est pas clos. "Il n'est pas certain qu'on y arrive. Mélenchon
sera peut-être devant un choix : s'allier avec nous ou avec le PCF", dit-on au NPA.
"MANQUE DE CONFIANCE"
Place du Colonel-Fabien, on ne comprend pas "la précipitation de Mélenchon". "C'est un peu une marque de manque de confiance alors qu'on lui dit qu'en septembre, on
fera une offre nationale pour les régionales", glisse un proche de Mme Buffet. Entretemps, le PCF entend ne pas renoncer à "obtenir des majorités de gestion à gauche". Ses dirigeants soulignent
que la ligne du PS, maintenue après les européennes, n'incite pas à des accords. "On voit l'état du PS et les signes envoyés depuis les européennes sont inquiétants. On croit à la dynamique qu'on
a créé ensemble avec le Front de gauche", insiste Pierre Laurent, numéro deux du PCF.
Pour enfoncer le clou, Mme Buffet a proposé, le 2 juin, à ses partenaires une réunion "au plus vite" pour faire le point sur les rencontres. Pas question de laisser la main au NPA.
Sylvia Zappi
l'Humanité
Le Front de gauche trace son sillon
L’aventure du Front de gauche continue. Ce soir, dans la salle parisienne de la Mutualité, il organise un forum sur le thème de l’« alternative à gauche ». De
nombreux responsables syndicaux, associatifs, ont répondu présents à l’invitation lancée par Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon et Christian Picquet, qui s’exprimeront ce soir. Maryse Dumas
pour la CGT, Gérard Aschieri pour la FSU, ou encore Annick Coupé pour l’Union syndicale Solidaires-SUD introduiront un débat autour de « la transformation sociale dans notre société ». Puis ce
sera le tour de la députée Martine Billard (Écologie-Les Verts) et de la coprésidente d’ATTAC, Aurélie Trouvé, sur le thème d’« un nouveau type de développement » pour répondre aux enjeux
écologiques. Enfin, l’ancienne présidente du Syndicat de la magistrature, Evelyne Sire-Marin, le professeur Roland Gori, initiateur de l’Appel des appels, et Dominique Noguères, de la Ligue des
droits de l’homme, présenteront le dernier débat sur les « droits et libertés ».
Fort d’un résultat jugé « satisfaisant » par ses composantes (PCF, Parti de gauche, Gauche unitaire issue du NPA, République et socialisme issu du MRC de Jean-Pierre Chevènement), le
rassemblement qui a recueilli 6,5 % des voix aux dernières élections européennes entend amplifier la démarche d’union, sur des contenus bien à gauche. L’objectif est ambitieux : donner corps à
une perspective politique majoritaire de changement, face à l’offensive redoublée de Sarkozy contre les acquis démocratiques et sociaux. Pour cela, le Front de gauche entend s’élargir, non
seulement à de nouvelles forces politiques, mais aussi aux citoyens, acteurs du monde intellectuel et de la création et des mouvements sociaux. À partir d’un mot d’ordre simple : chercher le
contenu le plus exigeant et le plus rassembleur. « La question d’une alternative aux politiques de droite reste la question centrale. Elle ne peut se construire que par un travail en commun entre
partis de gauche, entre militants politiques, associatifs ou syndicaux dans le respect du rôle de chacune et chacun. Cette démarche a vocation à s’adresser à tout le monde à gauche, comme une
invitation à dépasser les intérêts partisans », explique ainsi Francis Parny.
Une démarche qui prend à contre-pied l’idée aujourd’hui dominante à gauche, du PS au NPA, qui voudrait que le contenu soit fonction du périmètre de rassemblement, déterminé a priori. Ainsi des
prises de position divergentes au Parti socialiste, entre ceux qui continuent de lorgner au centre, et ceux qui, à l’instar de Benoît Hamon hier, prônent un rassemblement de la gauche aux
régionales préalable à tout accord de contenu, quitte à promettre une présidence de région à ses partenaires. La stratégie du NPA est le double inversé de celle du PS : oui à un accord avec le
Parti de gauche et le PCF, ont dit en substance les amis d’Olivier Besancenot à ceux de Jean-Luc Mélenchon, lors d’une rencontre entre le NPA et le PG, à condition de ne pas participer à des
majorités et des exécutifs avec le PS.
Problème majeur de ces raisonnements : ils font l’impasse sur la condition essentielle du changement politique, à savoir le contenu des politiques à mettre en oeuvre, véritable ciment de
l’union à sceller entre forces politiques, mouvement populaire et citoyens en lutte. « Le problème n’est pas de partir ou pas avec un tel ou un tel, mais de savoir sur quelle politique on se met
d’accord. Le débat de projet que nous voulons mener est braqué sur l’objectif : décrocher des majorités sur des orientations bien à gauche. Nous ne dérogerons pas de notre orientation qui est de
faire bouger les lignes à gauche.
Le PCF a réaffirmé, mercredi, dans un communiqué, son intention de poursuivre le forum du 3 juillet à la Mutualité, par « un grand débat public dans toute la France, en liaison avec les
initiatives de ripostes nécessaires à la politique de Nicolas Sarkozy » durant tout l’été.
Sébastien Crépel