Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /2009 00:31




Hillary Clinton lance la "coopération globale"



Hillary Clinton se sentait-elle éclipsée sur la scène internationale ? Il a suffi que le département d'Etat annonce qu'elle donnerait un grand discours de politique étrangère le 15 juillet pour que le Tout-Washington bruisse de rumeurs : depuis qu'elle s'était fracturé le coude, la secrétaire d'Etat se sentait marginalisée dans l'administration Obama, entendait-on. Elle n'avait pas encore imprimé sa marque sur la diplomatie américaine. Avec cette intervention, elle entendait reprendre sa place sur le devant de la scène.

Un scénario trop convenu. "Une construction de journalistes", comme dit Richard Holbrooke, l'envoyé spécial pour l'Af-Pak (Afghanistan-Pakistan), venu écouter l'intervention de Mme Clinton au Council on Foreign Relations (CFR). Selon le département d'Etat, le discours était en préparation depuis mai.

Ce discours a été rédigé à la suite de multiples consultations avec la Maison Blanche et les têtes pensantes de la diplomatie américaine. Loin d'être en rivalité, il se situe dans le prolongement de la démarche du président Barack Obama. "Ce n'est pas une alternative mais un complément, explique un haut responsable du département d'Etat. Après le discours du Caire (le 7 juin), après le discours d'Accra (le 11 juillet), tout le monde s'est dit : "comment fait-on le suivi" ?"

Dans son intervention, Hillary Clinton a fait passer quelques messages d'actualité. Elle a rappelé à l'Iran que, comme l'a dit le président américain après la réunion du G8, la "fenêtre d'opportunité" ne restera pas ouverte "indéfiniment". Malgré la répression des manifestations en Iran, les Etats-Unis restent prêts à discuter avec Téhéran. "Mais l'heure de passer à l'action a sonné", a-t-elle dit.

Aux pays arabes, elle a aussi demandé de faire un geste. Alors que M. Obama est accusé de faire surtout pression sur Israël, elle a moins insisté sur le gel des colonies que sur les "mesures significatives" que pourraient prendre "maintenant" les capitales arabes, ce qui aiderait le camp de la paix en Israël. Elle a cité l'exemple du président égyptien Anouar Al-Sadate (au pouvoir de 1970 à 1981) et du roi Hussein de Jordanie (au pouvoir de 1952 à 1999), qui ont eu "l'audace" de reconnaître Israel "ouvrant la voie à des accords durables".

Mais Mme Clinton a surtout développé un projet de nouvelle "architecture de coopération globale", visant à remédier aux insuffisances du système de sécurité collective hérité de la seconde guerre mondiale. "Le multilatéralisme 2.0", commente le professeur Charles Kupchan, du CFR.

Six mois après leur arrivée au pouvoir, les responsables américains ont pris la mesure des "obstacles à la coopération", comme dit Mme Clinton, qui empêchent les situations où tout le monde est gagnant ("win-win situations"). Or, la nature des problèmes (prolifération, changement climatique) exige des solutions collectives.

"Aucune nation ne peut faire face toute seule aux défis actuels", a-t-elle dit. Les problèmes sont trop complexes. Un trop grand nombre d'acteurs se livrent à des luttes d'influence - "des puissances émergentes, aux multinationales ou aux cartels du crime, des ONG à Al-Qaida ; des médias d'Etat aux individus utilisant Twitter". Autre élément récent : la plupart des pays s'inquiètent des mêmes menaces. "Ces faits demandent une architecture globale différente, dans laquelle les Etats sont incités à coopérer et prendre leurs responsabilités."

L'administration Obama souhaite bâtir des coalitions avec qui le souhaite. "Nous allons utiliser notre capacité à mettre en relations des pays autour du monde pour créer des partenariats", a-t-elle dit. Au-delà des Etats seraient aussi inclus des acteurs non étatiques et même des individus, selon la théorie des réseaux développée par Anne-Marie Slaughter, la doyenne de la Woodrow Wilson School of International Affairs de Princeton, devenue la chargée de la planification stratégique de Mme Clinton.

Les Etats-Unis entendent "utiliser leur puissance pour résoudre les problèmes", a ajouté Mme Clinton. En développant "une plus grande coopération au sein d'un plus grand nombre d'acteurs et en réduisant la compétition, la balance pencherait d'un monde multipolaire à un monde de multipartenariat".

Parmi les pays de ce partenariat, elle a cité l'Inde, ou elle se rend à partir du 17 juillet, la Russie, qu'elle visitera à l'automne, le Brésil ainsi que la Turquie, l'Afrique du Sud et la Chine. Selon le département d'Etat, cette démarche de partenariats multiples ne s'inscrit pas dans une tentative de contourner le système multilatéral existant. "Nous cherchons des institutions qui combinent l'efficacité et la capacité à agir avec la représentativité", a expliqué la secrétaire d'Etat.

Pour son entourage, cette démarche est très différente de celle des "coalitions de volontaires" de George Bush. "Il ne s'agit pas d'une coalition temporaire visant à travailler avec les Etats-Unis sur quelque chose qui a déjà été décidé par les Etats-Unis, dit un haut responsable. Ce dont il est question, c'est d'investir dans des partenariats à long terme." Comme l'a conclu Hillary Clinton : "Maintenant, ce qui nous reste à faire, c'est parvenir à des résultats."

Corine Lesnes

LE MONDE
Article paru dans l'édition du 17.07.09.
Publié dans : NOUVEL ORDRE MONDIAL - Communauté : A QUAND LA REVOLUTION ?
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