Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 00:20

Cesaria.jpg

L'interprète cap-verdienne de «Sodade», surnommée «la diva aux pieds nus», est morte à l'âge de 70 ans...

«La diva aux pieds nus» s'en est allée et le monde de la musique est en deuil. Cesaria Evora, la célèbre artiste cap-verdienne, est décédée ce samedi à l'âge de 70 ans, selon le journal portugais Jornal de Noticias. Une information qui vient d'être confirmée de source officielle.

 

D'après l'agence LUSA, Cesaria Evora avait été admise il y a quelques jours à l'hôpital Baptista de Sousa à Mindelo, sur l'île de Sao Vicente, en raison d'une «insuffisance respiratoire» et une «tension cardiaque élevée». Ces dernières années, elle avait subi plusieurs interventions chirurgicales, dont une opération à coeur ouvert en 2010.

 

Cesaria Evora avait mis fin à sa carrière en septembre dernier suite à ses graves ennuis de santé. A l'époque elle avait confié au Monde qu'elle souhaitait rentrer chez elle au plus vite: «Je n'ai pas de force, pas d'énergie». Pourtant elle aurait «voulu donner encore du plaisir à ceux qui [l]'ont suivie depuis si longtemps», avait-t-elle déclaré. Cesaria Evora était donc au repos depuis deux mois à Mindelo, sa ville natale.

 

La chanteuse avait acquis une renommée internationale à l'âge de 50 ans grâce à la chanson «Sodade» en 1992, qui figure sur son troisième album «Miss Perfumado». Onze ans plus tard, elle recevait un Grammy Award aux Etats-Unis et une Victoire de la Musique en France pour son album «Voz d'Amor».

 

 




SODADEcesaria

Quem mostro'b
Ess caminho longe?
Quem mostro'b
Ess caminho longe?
Ess caminho
Pa São Tomé

Sodade sodade sodade
Dess nha terra d’São Nicolau

Si bo t'screve'm
M’ta screve'b
Si bo t'squece'm
M’ta squece'b

Até dia
Ke bo volta

Sodade sodade sodade
Dess nha terra d’São Nicolau


TRADUCTION (SODADE)

Qui t’a montré
Ce long chemin
Qui t’a montré
Ce long chemin
Ce chemin pour São Tomé ?

Sodade Sodade Sodade
De ma terre de São Nicolau

Si tu m’écris
Je t’écrirai
Si tu m’oublies
Je t’oublierai

Jusqu’au jour
De ton retour

Sodade Sodade Sodade
De ma terre de São Nicolau

 

 




Grâce à elle, on a appris à situer le Cap-Vert sur une carte. Et la musique de cet archipel de dix petites îles sis à l'ouest du Sénégal et de la Mauritanie s'est invitée parmi les sons les plus célébrés au rayon «musiques du monde». Cesaria Evora s'est éteinte samedi, trois mois à peine après avoir annoncé ses adieux à la scène. Comme si la perspective de ne plus jamais chanter rendait la vie insupportable à cette femme qui aura consacré son existence entière à la musique. Si elle était devenue immensément populaire dans les deux dernières décennies de son existence, elle n'avait jamais couru après le succès, consacrant les deux tiers de sa carrière à chanter pour le seul plaisir de le faire.

Une fois la gloire et la reconnaissance arrivées, elle était restée fidèle à sa ville, Mindelo, sur l'île de Sao Vincente, où elle avait vu le jour le 27 août 1941.

Originaire d'un milieu très modeste, elle avait été élevée par une mère cuisinière avant d'être placée en orphelinat au décès de son père, alors qu'elle n'avait que 7 ans. De celui-ci, guitariste et violoniste occasionnel, elle avait tiré un amour de la musique traditionnelle du Cap-Vert, la morna (1). Cousin du blues américain comme du fado portugais, ce chant plaintif disposait d'un ambassadeur de choix en la personne du compositeur B. Leza, parent du père de Cesaria. C'est à sa mort, en 1958, que Cesaria Evora commencera véritablement sa carrière de chanteuse. Jamais mariée, mère d'un enfant, Cesaria croise le chemin d'Eduardo, un guitariste portugais qui lui donnera un deuxième enfant et l'accompagnera dans les bals populaires. Très vite, le public découvrira à quel point le ton lancinant de cette jeune femme se prête à la mélancolie de la morna. Elle chante tard, dans des bars où l'alcool coule à flots et où sa rémunération se résume bien souvent à quelques verres de whisky et de cognac.

Dix ans de silence

Abandonnée par Eduardo, elle se trouve un mentor en Ti Boy (Gregorio Gonçalves), de vingt ans son aîné, qui lui fournit un répertoire original. Découvreur de talents et compositeur reconnu, il lui redonne espoir et lui permet d'entrevoir un avenir tout entier tourné vers la musique. C'est ainsi qu'elle grave ses premiers enregistrements au milieu des années 1960, pour la radio Barlavento. Deux 45-tours voient le jour, sans que sa vie modeste s'en voie affectée. Cesaria continue de vivre avec sa mère, élevant ses enfants dans le plus grand dénuement, tandis que sa réputation grandit au sein de l'archipel.

La morna, considérée comme une musique aux consonances coloniales, est supplantée. le nouveau régime pousse Cesaria Evora à arrêter de chanter.

Son silence durera dix années. C'est d'ailleurs à l'occasion des célébrations liées à la première décennie de l'indépendance du Cap-Vert que Cesaria Evora remonte sur scène, le 8 mars 1985. La gloire n'est pas encore au rendez-vous, mais les perspectives semblent meilleures que jamais pour la quadragénaire. Deux ans après, elle confectionne son premier album solo et donne quelques concerts aux États-Unis. Les comparaisons avec les figures tragiques de Bessie Smith et, surtout, Billie Holiday abondent. Cesaria Evora monte souvent sur scène en état d'ébriété et l'absence d'entourage professionnel solide limite ses perspectives de carrière internationale véritable.

L'homme providentiel se nomme José Da Silva. Natif du Cap-Vert, exilé en France, cet agent de la SNCF entend Cesaria Evora chanter à Lisbonne. Sous le charme, il décide de l'aider. Après avoir gravé les titres de La Diva aux pieds nus, en 1988, il se heurte au refus des multinationales du disque, qui trouvent le physique de la chanteuse trop disgracieux. François Post, du label Celluloïd, sera son deuxième homme providentiel. Sa carrière explose d'abord à Angoulême, puis au New Morning de Paris en juin 1991. L'album Miss Perfumado vogue vers les 300 000 exemplaires lorsque le Théâtre de la Ville la consacre définitivement en décembre 1992. Au rythme d'un album tous les deux ans, «Cize», qui arrête de boire en 1994, devient une star planétaire. Madonna se dit fan, David Byrne ou Caetano Veloso se pressent pour chanter avec elle…

Pourtant, c'est pieds nus qu'elle continue de chanter sur les plus prestigieuses scènes mondiales. Les vingt dernières années de sa vie seront celles d'un succès qui ne se démentira jamais, au gré de disques toujours inspirés et de concerts régulièrement bouleversants. Ses colères sont légendaires et sa timidité complique parfois les interviews.

Pourtant Cesaria Evora honore toujours un engagement professionnel. Jusqu'à ce que ses années de mauvaise vie la rattrapent et la condamnent au silence…

Le Figaro

 


NOTE Cri du peuple 


1 La Morna

Le nom de morna proviendrait du verbe anglais to mourn, «porter le deuil». De toutes les hypothèses étymologiques, c’est celle qui convient le mieux aujourd’hui. D’où vient la morna ? La question n’est pas tranchée. Une parenté esthétique l’unit au fado portugais : une même expression du vague à l’âme, du déchirement, liée à l’expérience de l’exil. Mais la morna n’est pas éloignée, rythmiquement, de la samba lente, qui donnera naissance à la bossa-nova, à la fin des années 50. Dans ces trois cas, samba, morna et fado, certains sont remontés vers un ancêtre commun, le lundum des esclaves d’Angola, qui aurait migré vers le Portugal avant de gagner le Brésil.

 

Les plus anciennes mornas connues remontent à la fin du XIXe siècle. Cesaria Evora en chantait une, Papa Joachim Paris, qui narre les amours contrariées d’un Blanc pauvre et d’une riche héritière.

Chaque partie de l’archipel a développé son style de morna, de même que la langue locale, le criolo, connaît des variantes d’une île à l’autre. Dans les années 30, un compositeur de mornas s’impose par son talent : B. Leza, de son vrai nom Francisco Xavier Da Cruz. Paralytique et bon vivant, il était le cousin du père de Cesaria Evora. Il mourra, pauvre et oublié, en 1958, à 53 ans.

La morna la plus célèbre, Sodade, date des années 50, même s’il faudra près de quarante ans pour que, grâce à Cesaria Evora, elle conquière le monde. Ses auteurs sont Luis Morais, célèbre clarinettiste, et le poète Amandio Cabral, qui émigrera en Californie. La chanson évoque le départ contraint des Cap-Verdiens vers les îles São Tomé, après la grave sécheresse de la fin des années 40. Son premier enregistrement semble être celui de l’Angolais Bonga au début des années 70, pour le label Morabeza, créé aux Pays-Bas par le militant indépendantiste Djunga de Biluca. Depuis la version de Cesaria, Sodade a été enregistré des dizaines de fois.


Libération

 

Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-adeus-cesaria-93209214.html

Publié dans : HISTOIRE, CULTURE, PHILOSOPHIE, RELIGION...
LAISSER UN COMMENTAIRE - VOIR LES 1 COMMENTAIRES
Retour à l'accueil

Commentaires

A Mexico, sur la place principale, des centaines de milliers de personnes étaient venues l’écouter. A la fin du concert, quand Cesaria avait voulu quitter les lieux, les fans avaient littéralement plongé dans la voiture qui tentait de l’emmener. A Boston, la presse l’avait comparé à Piaf et à Billie Holiday. A Moscou, elle avait semblé une naine au milieu des armoires à glace qui la protégeait des assauts. A Paris, au parc Floral, au soir d’un concert,  elle faillit ne jamais rentrer chez elle. A la fête de l’Humanité, la pluie ne les avait pas découragés : elle avait chanté devant une marée de parapluies. Au Japon, la première fois, elle avait failli quitter la scène après le troisième morceau, glacée par l’absence de réaction du public. « On m’a expliqué que je devais les autoriser à se rapprocher. J’en ai attrapé un et je l’ai embrassé. Après, ils se sont détendus. » A Hong-Kong, elle devait jouer un soir : les organisateurs avaient dû ajouter deux dates. Dans les rues de Paris, aujourd’hui, on reconnasait sa silhouette ronde à tous les feux rouges.  Et pourtant, Cesaria Evora passait peu à la télévision : le prime-time n’a pas d’espace pour une diva africaine aux allures d’anti-mannequin, même quand elle franchit la barre des 250 000 exemplaires. Pas de quoi vraiment troubler celle que le public africain surnommait affectueusement « mama Africa » : à la différence de tant d’autres, elle n’a pas besoin de la télé pour vivre. 

http://www.marianne2.fr/fredericploquin/Adieu-Cesaria-Evora-mama-Africa_a51.html

Commentaire n°1 posté par Mary le 20/12/2011 à 11h46

Les articles publiés ne reflètent pas toujours l'opinion de Cri du Peuple mais apportent toujours des éléments de réflexion non négligeables. N'hésitez pas à laisser vos commentaires, l'échange et la confrontation sont les seuls moyens de progresser.

LA VALEUR HUMAINE DE LA FOLIE


"Jusque dans les années 60, les enfants autistes étaient considérés comme des arriérés incurables. Nous les avons fait rentrer dans la communauté des sujets qui ont droit aux soins. Ils doivent continuer d’en faire partie." (Danielle Levy) […]

CRI DU PEUPLE

  • Cri du Peuple 1871
  • : Le Cri de la Commune est le Cri de tous les Peuples, seuls les peuples ont le pouvoir de se libérer et la liberté d'expression est un leurre sans la liberté de penser. La désinformation est une atteinte à cette liberté. Lutter contre la désinformation est un devoir et une nécessité
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

POURQUOI MARX

bannière marx01La pensée de Marx reste un point de départ – pas un point d’arrivée... des textes essentiels relus et annotés : un outil de travai

Syndication

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés