Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 00:19

1million.jpg

Diktat contre l'euro

par Robert Bibeau

 

 Mondialisation.ca, Le 23 mai 2010

La crise économique grec fait trembler le monde. La petite Grèce menace d’entraîner l’économie mondiale à sa perte. Si la Grèce a une telle importance économique pourquoi ne l’a-t-on surveillée étroitement pour l’empêcher de nous précipiter dans cette crise ? Saviez-vous que la Grèce était une puissance économique de cette importance ?  Évidemment non, parce qu’elle ne l’est pas.



De quoi parle-t-on au juste ?  D’un pays de 11 millions d’habitants (2,2 % de la population de la zone Euro), dont le PIB était de 222  Milliards de dollars en 2005, soit  1,2 % du PIB de L’Union Européenne qui tourne autour de 18 285 Milliards par année. Ce serait le déficit public de ce lilliputien qui ferait s’écrouler l’économie de l’Europe toute entière, l’Europe qui représente 30 % de l’économie mondiale contre 24 % pour les États-Unis.



Le père fouettard présente « l’énorme » dette de la Grèce comme étant un gouffre sans fond. La Grèce est  plombée d’une dette publique à long terme de 113 % de son PIB soit 235 Milliards de dollars au total contre une dette publique de  6 509 Milliards pour l’ensemble de l’Union européenne, la Grèce représente donc 3,6 % du total de la dette de la zone Euro. La Grèce est grevé d’un déficit budgétaire courant de 28 Milliards de dollars contre  300 Milliards $ de déficit annuel pour l’ensemble de l’Union, la Grèce représente donc 9 % du total de l’Union.  Bref, pour chacun des indicateurs économiques la Grèce ne représente entre 9 et 1,2 % des valeurs globales en jeux.
 


Le programme de sauvetage financier de la Grèce coûtera tout au plus 30 Milliards d’Euros échelonnés sur quelques années, l’équivalent d’une semaine du déficit américain (dette publique correspondant à 90 % de son PIB annuel). Par contre, un plan de défense de L’Euros vient d’être annoncé par les chefs de gouvernement à hauteur de 750 Milliards d’euros, davantage que le plan de sauvetage des institutions financières après la fraude américaine l’an dernier.


Ces chiffres suffisent à faire comprendre que l’on ne parle plus de l’affaire Grec depuis belle lurette. Ce n’est pas la Grèce qui menace l’Euro, l’économie européenne et l’industrie mondiale, ce sont les spéculateurs boursiers qui jouent contre l’Euro (1).  Pourquoi jouent-ils contre l’Euro ? Pour sauver le dollar et l’économie parasitaire américaine. L’économie américaine est une économie de consommation et d’importation alors que les économies japonaise, chinoise, allemande, suédoise et néerlandaise sont des économies de production et d’exportation.



Pouvez-vous imaginer un ménage qui ne ferait que consommer. Pendant trente ans ce ménage consommerait deux à trois fois plus qu’il ne produirait (ou qu’il ne gagnerait). Son déficit annuel courant serait chaque année plus important et cela depuis trente ans. De l’autre côté de la rue, le ménage d’en face approvisionnerait le déficitaire année après année. Un jour le ménage créancier risque de se présenter chez le débiteur et lui réclamer son dû. C’est ce qui risquait de se produire pour les américains. Le dollar a servit de monnaie d’échange international depuis l’accord monétaire international de Bretton Woods (2). Les américains ont donc imprimés des dollars – émis des devises – non pas autant que leur économie en avait raisonnablement besoin, mais autant que l’économie mondiale en avait besoin.  Depuis dix ans environ les États-Unis ont émis pour 29 000 milliards de dollars de devises au-delà de leur développement économique national. C’est ainsi que notre voisin consommateur réussit à vivre au-dessus de ses moyens depuis trente ans. C’est ainsi que la valeur du dollar diminue progressivement face à l’Euro et face au Yen. Malgré la force de leurs devises les japonais et les allemands parviennent tout de même à exporter largement grâce à une productivité supérieure et à la qualité de leurs produits. Par ailleurs, leur monnaie forte attire les investissements à la recherche de profits juteux.  Tout cela mine le dollar qui perd peu à peu son titre de monnaie refuge au profit de l’or, de l’Euro et du yen dont les valeurs n’ont cessées de croître…jusqu'à la crise spéculative du mois d’avril.



L’an dernier un groupe de pays producteur de pétrole et de pays émergent réuni autour de la Chine, de l’Iran, de la Russie, du Brésil ont décidé de convertir leurs dollars en un panier d’autres devises, l’Euro étant la première de ces devises, et de cesser de faire leur commerce, au premier chef  le commerce du pétrole, en se servant de l’étalon dollar. Cette décision doit entrer en vigueur progressivement à partir de 2012.


La spéculation boursière visant l’Euro est la première riposte des spéculateurs  américains contre cette décision qui les priverait de leur statut privilégié de banquier du monde.  En ramenant l’Euro à parité avec le dollar (1) -  l’avantage Euro - l’intérêt pour les détenteurs de devises de posséder des Euros plutôt que des dollars s’amenuise. Évidemment, un Euro moins cher favorisera les exportations européennes sur les marchés mondiaux mais c’est le Japon et la Chine qui en pâtiront. Il y a déjà un certain temps que les États-Unis ont renoncé à défendre leur industrie et leur force productive contre la concurrence étrangère. Les services représentent 78 % du PIB américain, alors que l’industrie ne représente plus que 16 % du PIB américain.


Jean-Michel Vernochet n’a pas tord d’affirmer que ce jeu spéculatif contre l’Euro  ce – chaos constructeur – présente un réel danger de voir s’effondrer l’ensemble de la structure monétaire mondiale. L’Euro représente tout de même la première économie du monde (30 % du PIB mondial). Mais qu’importe, les spéculateurs ont confiance de briser les visées hégémoniques de l’Euro et de le remettre sous la coupe du dollar, l’instrument monétaire de leur domination de l’économie mondiale.  Avant d’attaquer l’Iran et de fermer le détroit d’Ormuz à la navigation pétrolière et ainsi priver l’Europe et la Chine du pétrole du Moyen-Orient l’Amérique possède quelques autres moyens de contraindre ses partenaires à se soumettre à ses diktats.

 


Notes

(1) http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/des-grands-fonds-speculatifs-parient-contre-l-euro_227700.html  

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods  

(3) http://www.voltairenet.org/article165451.html  

  Robert.Bibeau@sympatico.ca
http://www.robertbibeau.ca/

Publié dans : LA FINANCE CONTRE LES PEUPLES - Communauté : Les antilibéraux
LAISSER UN COMMENTAIRE - VOIR LES 2 COMMENTAIRES
Retour à l'accueil

Commentaires

Connaissez vous la loi Giscard Pompidou et le Traité de Maastrich ?

 

Alors que les bourses chutent, que l'Euro est à l agonie, que les plans d'austérités se multiplie à travers l'Europe, il serait sage de connaître les vrais raisons de l'augmentation de la dette !

 

Le bon sens commun voudrait que la dette soit du à trop de sociale, trop de santé, trop de services publiques, trop de fonctionnaires, trop de retraites. Nos responsables politique se font l'écho d'un tel message et mettent en œuvre des plans sensés répondre aux problèmes de la dette !

 

Mais tout ceci est une arnaque : L'arnaque de la dette !

 

Jusqu'au 3 janvier 1973, la Banque de France avait le droit d'émettre du crédit à très bas taux d'intérêt afin de financer les besoins de l'état et d'investir dans les projets d'avenir !

 

Mais sous prétexte d'inflation, le gouvernent Giscard Pompidou a cru bon empêcher la Banque de France de faire son travail en transférant de fait le pouvoir aux banques privés. Et oui depuis cette époque la France s'endette auprès des marchés financiers avec des taux d'intérêts élevés et c'est obligatoire pour tous les pays membres depuis Maastrich et les traités suivants!

 

En claire, ce sont les taux d'intérêts imposés sur la dette qui créer l'augmentation folle des dette publique !

 

L'alternative

 

Un retour au crédit publique productive, redonner le pouvoir au nation de battre monnaie afin de l'investir non dans les bulles spéculatives ou dans les jeux des casinos financiers mais bien dans l'économie physique au service de la population et du travail humain.

 

Nous devons dire Non au chantage de l'empire de la finance de la City de Londre et de Wall Street à New York

 

Si tu veux rejoindre la bataille pour changer le système économique rejoins moi sur mon groupe : http://www.facebook.com/group.php?gid=104166076293247&ref=ts

 

David CABAS

david.cabas.over-blog.fr

Commentaire n°1 posté par David CABAS le 30/05/2010 à 08h16

J'ai dit non au Traité de Maastricht... parce que nous savions ce qui allait arriver et c'est arrivé

Réponse de Maryvonne Leray le 30/05/2010 à 11h17

L'euro devrait atteindre la parité avec le dollar en 2011, à cause de la faiblesse de la reprise économique en Europe, notamment par rapport aux Etats-Unis, s'il n'éclate pas d'ici là, a estimé samedi le cabinet CEBR.

Même s'il est difficile de prévoir quand il aura lieu, «l'éclatement de l'euro est presque inévitable», selon Douglas McWilliams, le directeur général du Centre for Economics and Business Research (CEBR), un institut britannique privé de conjoncture.

«En attendant, une chose est certaine, c'est que l'euro sera faible», anticipe McWilliams. «La monnaie unique européenne» a déjà chuté de 30 cents par rapport au dollar cette année et effacera probablement les derniers 20 cents, qui sépare (le couple euro-dollar) de la parité, quand la hausse des taux américains sera évidente et imminente alors que les taux en zone euro seront maintenus à un niveau bas du fait de la faiblesse de l'économie» dans la région, a expliqué McWilliams.

Reprise lente en Europe

En effet, les chercheurs de l'institut britannique estiment que «la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait commencer à relever ses taux au tournant de l'année en réponse à un renforcement de la croissance de l'économie (américaine) alors que la Banque centrale européenne (BCE) sera paralysée par la faiblesse de l'économie européenne».

Par ailleurs, si la reprise économique mondiale se poursuit, les rythmes de croissance sont inégaux entre économies émergentes et pays développés. «La reprise économique est étonnamment robuste dans les marchés émergents tandis que des risques clairs demeurent pour les économies avancées», souligne Charles Davis, économiste au sein de l'institut britannique.

Ainsi deux inquiétudes pèsent sur la reprise mondiale : «une surchauffe de l'économie sur les marchés émergents qui nécessiterait un resserrement de leurs politiques monétaires, et la peur d'un ralentissement encore plus marqué de la croissance des économies occidentales les plus faibles lorsque seront supprimées les mesures de soutien», prévient Charles Davis.

Faut-il paniquer? Pas forcément. Les cabinets britanniques ne sont pas connus pour leur euro-enthousiasme. Et sur CNN vendredi, des experts américains rappelaient que la situation dans de nombreux Etats sur-endettés comme la Californie n'était guère plus glorieuse qu'en Grèce ou en Espagne.

20mn.fr

Commentaire n°2 posté par Maryvonne Leray le 12/06/2010 à 03h25

Les articles publiés ne reflètent pas toujours l'opinion de Cri du Peuple mais apportent toujours des éléments de réflexion non négligeables. N'hésitez pas à laisser vos commentaires, l'échange et la confrontation sont les seuls moyens de progresser.

CRI DU PEUPLE

  • Cri du Peuple 1871
  • : La liberté d'expression est un leurre sans la liberté de penser. La désinformation est une atteinte à cette liberté. Lutter contre la désinformation est un devoir et une nécessité
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

POURQUOI MARX

bannière marx01La pensée de Marx reste un point de départ – pas un point d’arrivée... des textes essentiels relus et annotés : un outil de travai

Syndication

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés