Mercredi 27 janvier 2010
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COMMUNIQUÉ SUR LE DISCOURS DE MAYOTTE DU PRÉSIDENT SARKOZY
par Collectif des Associations et Amis des Comores (CAAC)
Le très bref passage, avec, c'est devenu la norme, un public uniquement sur invitation, la visite du Président Sarkozy dans l'île
comorienne de Mayotte doit s'analyser dans une vision globale de sa politique de l'Outre-mer.
Tout d'abord dans la droite ligne de ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, le président, une fois de plus, s'est exprimé
vivement contre l'indépendance des colonies françaises, au nom des intérêts supérieurs de la Nation. De Mayotte, le message adressé à tous les outre mers est bel et bien : « l'indépendance, c'est
la seule ligne rouge » [à ne pas franchir]. Nous notons que pour « ancrer définitivement dans la France » les territoires ultramarins, Mr Sarkozy a mis en route un programme massif, pour la seule
année 2009.
Nous citons d'abord le référendum sur la départementalisation précipitée de Mayotte, en mars 2009, qualifié par un juriste, «
d'excès de pouvoir » au regard du Droit français. Signalons que cette mascarade de consultation a été condamnée par les instances internationales en tant qu'elle est contraire au Droit
international qui stipule, l'appartenance de Mayotte aux Comores, depuis l'accession de ce pays à l'indépendance (1975). C'est un conflit larvé, puisque les Comoriens affichent dans les rues de
Moroni « Mayotte est comorienne et le restera à jamais », tandis que Monsieur Sarkozy, dans son discours, affiche sa détermination en déclarant : « Je ne laisserai aucune puissance étrangère le
droit de décider qui serait français et qui ne le resterait pas. Mayotte, c'est la France. Mayotte restera française ». Avis aux juristes, aux démocrates, aux anticoloniaux !
Nous pouvons continuer par une kyrielle de mesures dans cette phase offensive contre la libération des outre - mers : février
2009, lancement des états généraux de l'outre mer et création du Conseil Interministériel de l'Outre-Mer (CIOM) ; juin 2009, modification de la loi organique sur la Nouvelle Calédonie en la
liant, curieusement, à la départementalisation de Mayotte (l'on est en droit de se demander ce que sont devenus les accords de Nouméa ; si la partition de la Nouvelle Calédonie est déjà en
route...).
Novembre 2009 : publication des décrets sur la consultation des électeurs de la Guyane et de la Martinique. A ce propos, nous
avons enregistré ces derniers jours leurs votes, bien orchestrés en faveur de l'article 73, ce qui n'est pas sans amplifier le « triomphe » de la visite de Monsieur Sarkozy à Mayotte, où il a pu
clamer « Mayotte, c'est la France ! ». Le message subliminal est ainsi prêt à circuler : « Mayotte est française, car les Mahorais le veulent [...] ; la Martinique et la Guyane veulent rester
dans la France, de plus ils refusent l'autonomie [...] ; avis aux Guadeloupéens et aux Calédoniens ! ... ».
Le Président peut donc savourer sa victoire dans cet océan indien francophile : en clamant la francité de Mayotte sur place, et en
se rendant à La Réunion - l'autre bon élève de la République coloniale, pour adresser les vœux à tous les outre mers. L'on peut alors penser à quelques avantages politiques, en perspective, à
l'approche des élections régionales de 2010...
Dans son discours politique de Mayotte, le Président joue sur 2 leviers. D'un côté, celui des promesses électoralistes, à l'instar
de celles de la campagne de 2007 : pour l'horizon de 2011 (date prévue pour la départementalisation de Mayotte), sera mis en œuvre un programme alléchant aux plans économique, culturel,
écologique ... D'un autre côté, celui du discours sécuritaire, évoquant le « renforcement [massif] de la lutte contre l'immigration clandestine » ; dès son arrivée à Mayotte, ses premières
rencontres ont concerné les forces de police et la gendarmerie !
Arrêtons - nous sur ce deuxième levier. En période préélectorale, en 2006, le premier ministre Sarkozy a obtenu « 13 253 personnes
expulsées de Mayotte contre 24 000 en métropole » (ce qui représente près de 20% des habitants de l'île !). C'est Mayotte laboratoire, comme la Guyane et les autres outres - mers. Ces «
clandestins chez eux » sont exploités et corvéables à merci sur cette île qualifiée, à juste titre, de « zone de non droits » .
Pour nous défenseurs de l'intégrité territoriale et de la souveraineté des Comores, la France coloniale est redevable de plus de
8000 morts comoriens, victimes du visa d'entrée à Mayotte instauré par le gouvernement Balladur - Pasqua, depuis 1995.[1]
Pour nous militants anticoloniaux, l'occupation illégale de Mayotte fait partie d'un plan
stratégique, nommé la « Mayottisation » : c'est une ingénierie globale, appliquée aux Comoriens, puis aux Kanaks, consistant à diviser le Peuple puis à séparer les régions, aux seules fins de
pérenniser la place de la France dans « ses » 3 océans. Au nom de la grandeur de la France.
Nous dénonçons également la complicité des autorités comoriennes qui ne font rien pour arrêter l'hécatombe des « morts Balladur »,
pour faire respecter le Droit international qui, en la matière, est supérieure au Droit français
Ce 20/01/2010
Le Collectif des Associations et Amis
Contact : caac.comores@gmail.com Port. : 06 99 93 10 20
Notes
[1]LE VISA BALLADUR
Suite à l’hécatombe provoquée depuis 1995 par le visa Balladur (près de 4000 morts entre Anjouan et Mayotte) restreignant la circulation des personnes et des biens
entre l’île comorienne de Mayotte et ses trois îles sœurs, nous lançons un appel pressant auprès de toutes les bonnes volontés pour que les Comores puissent enfin jouir d’une stabilité et d’une
quiétude digne d’un état de droit, dans ses frontières définies par les instances internationales (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte).
Cela est d’autant plus urgent que le lundi 7 mars 2005, une embarcation de fortune partie d’Anjouan a chaviré le lendemain près des côtes maoraises. Sur 43 personnes à bord, il n’y a eu que 7
rescapés et 3 corps seulement ont été retrouvés. Le bilan est donc lourd : 36 morts. Des accidents similaires sont fréquents. Demandez-donc aux autorités françaises :
L’ouverture d’une enquête judiciaire pour identifier et juger les coupables de ce drame,
L’abrogation inconditionnelle du visa Balladur et permettre ainsi la circulation des biens et des personnes à l’intérieur de l’archipel,
Le respect des résolutions des Nations Unies sur la présence française à Mayotte qui constitue une violation de l’unité et de l’intégrité territoriale des Comores.
Libération Afrique
http://www.liberationafrique.org/spip.php?article735
Lors de l'indépendance des Comores en 1975, la France par des micmacs constitutionnels internes au droit Français, arroche l'île Comorienne de Mayotte de son ensemble naturel, violant
sournoisement le droit international.
« Point d'orgue de la présence française, un mur de Berlin aquatique de 70 km de large sépare administrativement les familles depuis 1995. Il s'agit du visa imposé par le gouvernement Balladur
aux Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte. Ils sont donc très nombreux à tenter la traversée sans visa, parfois dans des embarcations de fortune, clandestinité oblige. Les noyades se comptent
par centaines. Cette entrave administrative semble très liée à l'éventuelle départementalisation de Mayotte (transformation en DOM), qui nécessite une coupure définitive du cordon ombilical avec
le reste des Comores. Par ce visa, les Comoriens non mahorais (donc non français) deviennent des étrangers à Mayotte. » : Pierre Caminade : (Comores-Mayotte : une histoire néocoloniale)
Aujourd'hui on parle de plus de 7000 morts comoriens sur une population de 700 000 dans le bras de mer séparant Mayotte d'Anjouan l'île la plus proche. Ce visa est la première cause de mortalité
chez les jeunes comoriens. (La force vive de la nation).
On comprend bien que la France évite de parler de ces morts, car en droit international, elle est responsable de ce génocide. (Les Comores sont admises aux nations unies, comme composées de
quatre îles : Mayotte, Anjouan, Moheli et gde-Comore).
Ce qui est incompréhensible c'est le silence des autorités comoriennes et des médias comoriens face à ce massacre humain. Et pourtant les Comores ont une infinité des moyens juridiques pour
éviter ces drames. Le ministre des relations extérieures dira que si le gouvernement lève l'interdiction refusant d'accueillir les comoriens refoulés de Mayotte, les intérêts de l'Etat seront
menacés. Malgré cette monstrueuse déclaration, l'opposition n'a pas réagit approuvant elle aussi la banalisation de ce génocide.
En tout cas s'il y a un point où les gouvernants et l'opposition sont d'accord, c'est le silence macabre entourant ce génocide.
Baraka Inzouddine
http://wongo.skyrock.com/
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