Mardi 27 avril 2010
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Garzon. L’impunité des crimes franquistes : « No Pasara ! »
Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi partout en Espagne et également en Europe et en Amérique latine
pour apporter leur soutien au juge Garzon et aux familles des victimes de la dictature.
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Silverio Yebra Granja, Lluis Companys, Irma Guerrero Guerrero, Federico Garcia Lorca ou encore Julian Grimau… les clichés
en noir et blanc des victimes et disparus de la guerre civile et du franquisme figuraient, samedi, en première ligne des quelque 21 cortèges qui se sont élancés en Espagne au nom de « la vérité,
la justice, la réparation ». À Madrid, ils étaient 100 000 à défiler, selon les organisateurs, réunis au sein de la plate-forme contre l’impunité.
Plus que des rassemblements de soutien au juge Garzon – menacé de suspension, sur plaintes de groupuscules d’extrême
droite, pour avoir voulu enquêter sur les crimes franquistes –, les manifestants ont rendu hommage aux victimes de la dictature, aujourd’hui encore reléguées dans l’ombre de la démocratie. Façon
pour eux de dire que le temps du silence est bel et bien fini.
La mise en accusation du juge a sonné le réveil d’une juste demande de comptes. « Le juge qui veut juger les responsables
de la mort de ma mère et de mon père se retrouve sur le banc des accusés par la Phalange (formation politique officielle du franquisme – NDLR), j’ai l’impression de revivre le même cauchemar »,
raconte Hilda Farfante Gallego, dont les parents ont été assassinés en juillet 1936. Âgée de cinq ans à l’époque, elle sera séparée de ses deux sœurs et subira l’insulte d’être une enfant « de
rouges assassins ». L’Espagne à l’envers, en somme, où les victimes sont priées de se taire et où les bourreaux paradent. Un déni qui n’a jamais pris fin. Depuis, Hilda n’a eu de cesse de
rechercher les dépouilles de ses parents. Non sans estimer que « la véritable enquête, c’est à l’État de la mener ».
l’ampleur qu’a prise l’affaire Garzon
Cette dette était samedi sur toutes lèvres, en Espagne mais également à Buenos Aires, Londres, Dublin, Paris, ou encore dans le sud de la France, à Pau, Bordeaux, Montpellier. « L’Espagne de la
réconciliation, comme le dit le Parti populaire (droite), n’a jamais existé », tranche Gervasio Puerta Garcia, président de l’association des anciens prisonniers et réprimés politiques
antifranquistes. « Nous avons été persécutés pendant quarante ans par la dictature, poursuit-il, mais la transition démocratique n’a pas été synonyme de compensation. » Pour cet
ancien prisonnier, injustement condamné à deux reprises par la pseudo-justice du Caudillo, « l’intransigeance » dont on accuse le mouvement pour la récupération de la mémoire est une injustice
supplémentaire. « On nous dit que nous remuons le passé, déclare Gervasio Puerta Garcia. Mais il est là car il n’a jamais été résolu ! » D’où l’ampleur qu’a prise l’affaire Garzon.
soutien des artistes et des intellectuels
Les accusations de partialité pleuvent sur la justice espagnole, singulièrement sur le juge Luciano Varela, du tribunal suprême, qui instruit le dossier. Vendredi, Varela a écarté l’un des trois
plaignants – la Phalange – au motif de « valeurs idéologiques » contraires à la plainte déposée – la prévarication (instruire une cause en la sachant en opposition avec la loi). Mais les deux
autres plaignants, les nébuleuses extrémistes, Manos Limpias et Libertad e Identidad, sont toujours, eux, dans la course. Et le fond de l’affaire reste intact : l’impossibilité de juger des
crimes de lèse-humanité, lorsqu’il s’agit du franquisme, au prétexte de la loi d’amnistie de 1977. Samedi, les manifestants, qui ont compté sur l’appui des artistes et intellectuels comme Pedro
Almodovar, Almudena Grandes ou encore le poète Marcos Ana, étaient les dénonciateurs de cette honteuse aberration.
Cathy Ceïbe
source : Humanité.fr
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