Mercredi 17 mars 2010
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L'Islande et la Grèce sont des laboratoires des cures d'austérité imposées par le capitalisme
financier.

Les Grecs pour têtes de Turcs
Creusot
infos
«Enfin une bonne nouvelle pour l'économie mondiale : le nombre de milliardaires est reparti à la hausse.
C'est ce qui ressort du classement annuel du magazine américain Forbes qui établit la moyenne de leur patrimoine à 3,5 milliards de dollars, en hausse de 500 millions par rapport à
l'année précédente! On vous le disait bien que la crise était fi-nie !
On imagine l'immense plaisir que cela va apporter dans le pays berceau de la démocratie et on espère que cette bonne nouvelle
sera de nature à mettre un terme aux mouvements de grèves et de manifestations qui le secouent. Ces Grecs sont des gens bien ingrats pour oser remercier de la sorte les dirigeants de l'Union
Européenne de leur sollicitude et de leur soutien actif, encore réaffirmés ce mardi 16mars!
Les esprits chagrins pourront bien dire que l'Union Européenne soutient cette malheureuse Grèce comme la corde soutient le
pendu en exigeant qu’elle réduise ses déficits publics de 4 % en une seule année et de près de 10 % en 3 ans, en réalité, les dirigeants de l’Union européenne ne font que leur paternel
devoir. Il ne s'agit rien de plus que de remettre dans le droit chemin un adolescent trop frivole, un peu comme le ferait un saint père de l'église apostolique et romaine en morigénant un
enfant de chœur trop peu empressé à manifester son amour du prochain. Ah mais!
De Merkel à Zapatero, de Brown à Barroso en passant par Trichet et sa lumineuse Majesté, nos bons pères lapideurs
n'auront fait que jeter la première pierre à ces coupables Hellènes.
Si ces derniers n'ont pas à l'avenir une conduite exemplaire, ils ne devront compter sur aucun crédit car le seul remède
efficace, c'est le sevrage : « On ne guérit pas un alcoolique en lui donnant encore une nouvelle bouteille d'Ouzo » a déclaré le député libéral allemand Franck Shäffer qui s'y connaît en
pastis hellénique comme en cépage de Chine. Cet homme respire le bon sens, n'est-il pas vrai ? Et c'est avec le même bon sens qu'hier lui-même et ses amis – au mépris du traité de Lisbonne -
volaient sans condition au secours des banques qui s'étaient brûlées en jouant avec le feu. Mais si la Grèce était une banque, ça se saurait, bien sûr.
N'empêche que, pour reprendre cette métaphore bachique, il ne serait pas inutile de se demander qui a bu avec abus, puisque
funeste présage, qui a bu aboiera.
Plus sérieusement, la question qui se pose en filigrane est celle de la responsabilité dans une démocratie représentative
(pour autant qu'elle le soit). Certes, nos inventeurs de la démocratie ont eu l'imprudente sottise de confier leur sort à des gouvernements néolibéraux et d'une certaine façon, il peut
paraître logique qu'ils assument les conséquences de ce libre choix.
Toutefois, on sait dorénavant que les comptes publics ont été falsifiés par le gouvernement conservateur de Kostas Karamanlis
avec l'aide de Goldman Sachs. Et qu'on sache, le peuple grec n'avait pas mandaté le gouvernement pour commettre cette forfaiture. Il ne porte donc aucune responsabilité dans la dette et comme
le clament les manifestants ce n'est pas à lui de régler l'addition. Voir Papandréou, le nouveau premier ministre socialiste, membre du PASOK, se coucher devant le diktat, n'a rien de
vraiment surprenant mais combien de temps le social-traître pourra-t-il tenir dans cette inconfortable situation, face à tout un peuple ?
De PIGS à STUPID
La crise joue pleinement son rôle de révélateur politique. L’Europe du traité de Lisbonne apparaît de plus en
plus clairement pour ce qu’elle est : une simple zone de libre-échange, entièrement soumise aux marchés financiers et incapable de solidarité. Avec le risque que cet aplatissement de l'U.E
devant la spéculation des hedge funds (par le truchement des CDS) ne fasse qu'encourager ceux-ci à poursuivre leur sinistre business.
Ce sont l'Espagne et le Portugal qui sont maintenant dans la ligne de mire, et une crise de la dette en ces pays ne serait pas
sans graves conséquences pour les banques françaises - entre autres - compte tenu de leurs engagements.
Le Royaume Uni n’est, lui-même nullement à l’abri et la City commence à s’en rendre compte. Selon les Echos du 19 février,
elle s’est posée en effet la question de savoir si l'acronyme « PIGS » (Portugal, Irlande/ Italie, Grèce, Spain) n’était pas déjà dépassé et « s’il ne devait pas être remplacé,
maintenant que la Grèce avait été mise à nu, par le terme « Stupid » (Spain, Turquie, United-Kingdom, Portugal, Italie, Dubaï), plus adapté à la situation. Bill Gross, le responsable des
investissements de Pimco (un des plus gros investisseurs du monde dans les dettes d’Etat) par exemple, dissuadait les épargnants d’acheter les bons du Trésor britannique « reposant sur un lit
de nitroglycérine ».
Icesave plus quoi inventer
La nitroglycérine, elle jaillit déjà des geysers islandais. Au cours de la dernière décennie, l'Islande s'est lancée avec
gourmandise dans "l'industrie financière" avec trois principales banques : Kaupthing, Glitnir et Landbanski, privatisées en 2003. Cette dernière a créé une filiale en ligne "Icesave"qui
offrait des placements particulièrement risqués mais très rémunérateurs à ses clients. Lancée au Royaume Uni en octobre 2006, avec son siège social au cœur de la City, « Icesave » a attiré de
très nombreux clients britanniques et néerlandais.
Quand les marchés financiers se sont effondrés, les trois banques islandaises ont été parmi les premières à faire faillite,
générant une crise économique particulièrement douloureuse. Complètement étranglé, le pays a du faire appel au FMI du cher DSK. Comme d’habitude, le FMI a ajouté la punition à la misère en
exigeant, en contrepartie d’un prêt de 2,1 milliards d’euros de nouvelles coupes dans les dépenses publiques (santé, éducation), des augmentations d’impôts indirects et une hausse des taux
d’intérêts qui asphyxie les particuliers et les petites entreprises.
De leur côté, les comptes d’« Icesave » ont été aussitôt gelés. Mais lorsque le gouvernement britannique a vu les files
s’allonger devant les guichets des banques anglaises, il a pris peur de la panique que commençait à susciter le gel de ces comptes. Il a donc décidé d’indemniser en grande partie les
spéculateurs qui avaient déposé leurs fonds dans cette filiale de la Landbanski. La Haye a fait de même pour les clients néerlandais. Londres et La Haye se sont ensuite retournés contre
Reykjavik pour exiger la restitution des sommes qu’ils avaient déboursées. Le Royaume Uni n’a pas hésité à utiliser une loi anti-terroriste pour bloquer les avoirs islandais en
Grande-Bretagne de telle sorte que l’Islande est inscrite sur la liste des États qui soutiennent les groupes terroristes, tels Al-Quaïda ! Cool, avec Thatcher, ils auraient sûrement
envahi l'Islande !
Entre temps, les gouvernements européens qui s’étaient bien gardés de nationaliser leurs propres banques donnaient au
gouvernement islandais le conseil avisé de nationaliser les siennes. Les profits avaient été privatisés bien sûr, mais les pertes, il s’agissait maintenant de les nationaliser ! Or,
en quoi les Islandais en général sont-ils responsables des agissements - à l’étranger - de quelques banquiers islandais sans scrupules ? Pourquoi ne pas demander au trésor américain
de rembourser les victimes étrangères de Bernard Madoff ?
Le plus beau de l'affaire est que la première ministre Johanna Sigurdardottir, une social-démocrate elle aussi, s'est rangée à
cette exigence de remboursement de quelque 4 milliards d'euros (40 % du PIB) sur 15 ans, assorti d'un taux d'intérêt de 5,5 %. Mais le 6 mars lors du référendum pour ou contre l'accord
"Icesave" - « Iceslave » (esclave de la glace), comme l’ont baptisé les Islandais - 93,3 % des électeurs se sont prononcés contre ! Raide élection !
En Janvier, la première ministre affirmait faire pleine confiance aux électeurs ; le lendemain du référendum, elle expliquait
qu'elle allait recommencer à négocier avec Londres et La Haye ! Sociaux et démocrates qu'ils se disent les bons apôtres ! et s'ils n'étaient pas démocrates, ça donnerait quoi alors ?
Peut-être qu'ils feraient revoter le peuple jusqu'à obtenir le résultat souhaité! Tiens, ça rappelle quelque chose…
Mais pourquoi tant d'acharnement contre ce petit pays de 320 00 habitants ? La réponse est simple et claire : pour l'exemple.
Si la finance cède face au peuple islandais, elle sait qu'elle devra céder demain face aux autres peuples.
L'Islande et la Grèce sont des laboratoires des cures d'austérité imposées par le capitalisme financier.
[1] En France (après ces régionales) comme ailleurs, des purges sévères sont en préparation. La crise économique devenue très vite crise
sociale, est aussi désormais une crise politique majeure. Tous les moyens seront mis en œuvre pour pervertir l'expression démocratique. Tripatouillage des modes de scrutin, redécoupage
des territoires sous les habiles ciseaux du roublard Marleix, sans compter naturellement les classiques opérations d'enfumage mises en scène par tous les Arlette Pernod et Jean-Pierre Chameau
du service public de désinformation !
Comme ils étaient pathétiques, hier soir sur les plateaux de télé, les généraux défaits de la droite en déroute, ânonnant le
même laborieux discours distillé pratiquement en direct par l'Elysée, tentant de récupérer les abstentionnistes à leur cause! Comment, ces brillants esprits n'ont donc jamais lu "Exit, voice
and loyalty" d'A. Hirschman ? Ne savent-ils pas que l'on peut voter aussi avec ses pieds lorsque les postures démagogiques, les mensonges répétés et les promesses non tenues dont on nous gave
jusqu'à la nausée, décrédibilisent à la racine les mécanismes de la représentation politique ? Comment croire à la sincérité d'un président dégoulinant de compassion auprès des sinistrés de
la tempête Xynthia quand on se souvient du discours dans lequel il exhortait à la déréglementation en matière d'urbanisme, invitant à construire en zone inondable ?
Cette crise du capitalisme qui se conjugue avec une profonde régression démocratique autorise à considérer que les
peuples sont désormais en situation de légitime défense.
Et Ferrat qui s'est tu, emplissant tout à coup l'univers de silence …
Ma mémoire chante en sourdine… ( j'imagine …)
Ils tournèrent leurs carabines» [2]
A. Bonessian
source : Creusot infos
Notes ndr
1 avec le soutien du patron du FMI le très très "socialiste" DSK
2 Potemkine
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