Jeudi 4 mars 2010
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Paris joue avec le feu au Moyen-Orient
Le quotidien panarabe met en cause les autorités françaises et leur propension à créer la confusion autour d’un sujet aussi sensible que le conflit israélo-palestinien.
Nahla Chahal |
Al Hayat
Comme chaque année, l’ensemble de la classe politique française, de la majorité aussi bien que de l’opposition, s’est rendue le
3 février au dîner annuel du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF). Sauf le Parti communiste (PCF) [et les Verts], dont aucun représentant n’avait été invité. Le PCF a été
“sanctionné” pour la deuxième année d’affilée pour ses positions “anti-israéliennes”. Ainsi, tout le monde aura compris que ce conseil communautaire – qui prétend à tort représenter les juifs
de France, alors qu’en réalité seule une minorité d’entre eux y adhère – joue un rôle directement politique.[1] Normalement, les règles
strictes de la laïcité française devraient interdire un tel mélange entre la politique et la religion.
Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre François Fillon s’est montré fort jovial lors de ce dîner, lui qui est généralement d’une excessive sobriété. Et il a été très applaudi pour son
discours, dans lequel il a donné à entendre qu’il y aurait, en France, des groupes qui appelleraient à boycotter les produits casher [2], c’est-à-dire conformes à des règles religieuses qui en font l’équivalent des produits halal. C’est tout simplement un mensonge. Car la campagne de boycott
qui existe effectivement en France ne vise pas les produits casher, mais les produits importés d’Israël. [Elle a été relancée en décembre 2008, à l’initiative de mouvements propalestiniens,
pour dénoncer l’intervention militaire israélienne à Gaza.] François Fillon a ainsi délibérément créé la confusion, comme s’il voulait accréditer la thèse selon laquelle les Juifs et Israël
étaient la même chose. Il fait cet amalgame alors même que de nombreuses organisations et personnalités juives participent à la campagne de boycott. Par ailleurs, cette
campagne a également été lancée en Grande-Bretagne et même aux Etats-Unis, et elle se développe partout dans le monde.
Le Premier ministre n’est pas le seul à être monté au front. Il a été rejoint par sa ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie. Le 18 février, invitée au dîner de l’antenne bordelaise du
CRIF, elle a même dépassé son maître, en déclarant que l’appel au boycott tombait sous le coup de la loi contre les discriminations. Elle a donc promis des poursuites judiciaires contre
ses initiateurs, invité la police à la vigilance et ordonné la traduction des auteurs devant la justice. Et, en effet, un certain nombre de personnes ont été convoquées pour avoir appelé
oralement ou sur Internet à boycotter les produits israéliens. Tout cela, Madame la Ministre l’a expliqué lors de ce dîner, comblant d’aise son public.
Qu’Israël viole toutes les résolutions internationales et commette des assassinats à grande échelle (le rapport Goldstone estime qu’il s’agit de crimes de guerre, voire peut-être de crimes
contre l’humanité), tout en demandant qu’on lui délivre un certificat de bonne conduite, cela relève de la folie ou de la bêtise.
Mais que la France se joigne à ces forfaits et s’associe à ces crimes, pire, qu’elle en fasse l’annonce devant une organisation juive française, cela dépasse l’entendement. Cela
consacre un organisme français dans le rôle d’instance représentative d’un pays étranger. C’est comme si la France considérait que la Russie n’était pas représentée par son ambassade à Paris,
mais par la communauté orthodoxe. Plus récemment, un autre événement s’est produit qui va dans le même sens. Une élève de 3e d’un collège de Villefranche-sur-Saône, près de Lyon, a été
sanctionnée de trois jours d’exclusion pour avoir porté un tee-shirt avec l’inscription “Palestine libre” [la sanction a pris effet le 2 mars]. La jeune fille a déclaré à la presse qu’elle ne
savait pas qu’un appel à la liberté relevait du prosélytisme.
Plus grave est la déclaration donnée par son professeur d’histoire, selon laquelle “quelqu’un qui affiche ses idées n’est pas à même, selon moi, de recevoir un enseignement”. Oui, une phrase
aussi stupide a été prononcée dans le pays des Lumières. Sans susciter de tempête. La partialité pro-israélienne de ce professeur – qui explique que “les Arabes ont profité du jour du Pardon
[Kippour], jour sacré des Juifs, pour coloniser Israël” [selon ce qu’en a compris et rapporté l’élève exclue] – n’est pas le plus grave de l’affaire. Car cet incident montre également
que le métier de professeur a changé aux yeux des Français. Pour eux, il s’agit désormais simplement de dicter une leçon et non plus de former des citoyens égaux, rationnels et dotés d’esprit
critique.
source : Courrier international
Notes
NDR [1] Le CRIF : un nouveau
ministère de la république ?
[2] Précisément, François Fillon a dénoncé les “scandaleux mouvements de boycott des produits casher ou israéliens” et s’est “étonné du silence – voire de la
connivence – de certains responsables politiques vis-à-vis de ces démarches révoltantes”.
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Manifeste
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