Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 01:15


Otages-m

LES OTAGES

Par Maurice Ulrich

 

Faut-il aider la Grèce ? Les 27 pays membres de l’Union européenne sont censés répondre aujourd’hui à cette question. Les docteurs Tant pis évoquent la possibilité de prêts d’État à État. Les docteurs Tant mieux affirment que le malade va s’en sortir par ses propres moyens, mais tous préconisent un seul et même remède : la saignée.


Si la Grèce est aidée, ce sera avec des conditions draconiennes lui imposant de réduire ses déficits, et donc de faire peser sur sa population les mesures de redressement : report de l’âge de la retraite, diminution des salaires des fonctionnaires qui, précisément, manifestaient hier, et le reste à l’avenant. Si la Grèce n’est pas aidée, ce sera parce qu’elle est supposée capable de réduire ses déficits, et donc de faire peser sur sa population…

 

Ce qui est le plus singulier donc dans tout cela, et qui ne prête pas à sourire, c’est que cette véritable prise en otages de tout un peuple, et d’une démocratie, par les marchés financiers et la spéculation ne semble pas avoir d’autre issue, vue de la vertueuse Europe, que de faire payer les otages eux-mêmes ! Car ce sont bien les marchés financiers et la phénoménale crise économique dont ils portent la totale responsabilité qui ont amené les États à s’endetter toujours plus.

 



Ce sont eux qui sont à l’origine de la tourmente qui secoue l’Europe et l’euro, et qui, de plus, en profitent. Lequel euro, soit dit en passant, était censé, si l’on s’en souvient, nous unir tous ensemble dans la grande communion de la monnaie unique sous la figure tutélaire d’une Banque centrale européenne n’ayant de comptes à rendre à personne mais censée piloter le navire en sachant où elle allait. La dette grecque est certes considérable. Près de trois cents milliards d’euros.

 



Mais ce chiffre pourrait être rapproché d’un autre. L’opinion a découvert les CDS, les fameux et juteux contrats d’assurances sur les risques encourus pas les États, et qui sont devenus eux-mêmes des produits financiers sophistiqués qui s’échangent sur les places mondiales. Eh bien, en un an, les flux de CDS sur la Grèce ont doublé et représentent à eux seuls un quart de cette dette. La dette grecque est certes considérable, mais outre les fonds spéculatifs internationaux, 45 % de cette dette sont liés aux banques grecques elles-mêmes qui participent de cette spéculation, faisant de leur pays une marchandise.

 

Mais la Grèce, on le sait, n’est pas le seul malade de l’Europe. Le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie sont sous l’épée de Damoclès des fameuses agences de notation qui attribuent les bons ou les mauvais points aux élèves appliqués du capitalisme mondialisé. Mardi, en France, la Cour des comptes s’inquiétait de la dette de la France et préconisait… le report de l’âge du départ en retraite, la baisse du nombre de fonctionnaires, la hausse des cotisations sociales… Air connu, donc. Tout cela que le chef de l’État et son gouvernement vont lancer sur des rails à grande vitesse après les élections régionales.

 

Mais des alternatives existent. En France, en revenant sur le bouclier fiscal, les milliards d’exonérations de charges des entreprises, en élargissant l’assiette des cotisations sociales aux revenus financiers, en taxant ces mêmes revenus. En Europe avec un tout autre rôle de la banque centrale pour aider au développement des États, des services publics, avec des taux d’intérêt décourageant la spéculation… On ne peut servir deux maîtres à la fois. Le capitalisme et les peuples.

source : humanité.fr

http://www.humanite.fr/les-otages


NDR

Un CDS (credit default swap) est une sorte d’assurance par laquelle un établissement financier se protège du risque de défaut de paiement d’un crédit en payant une prime.

Contrairement à ce que leur nom laisse entendre, ces dérivés de crédit s’apparentent plus à desoptions qu’à des swaps.

Prenons l’exemple d’une entreprise (appelée « entité de référence ») qui a émis une dette de x millions d’€ sur cinq ans. L’établissement bancaire qui a fourni le crédit souhaite se protéger. Il paie une prime annuelle à un vendeur de protection. Si un événement spécifié dans le contrat tel qu’un défaut de paiement intervient, et seulement en ce cas, la dette est transférée au vendeur de protection contre paiement des x millions d’€, correspondant à la valeur du capital. A charge pour lui de récupérer ce qu’il peut auprès de l’entité de référence.

 


 

Publié dans : LA FINANCE CONTRE LES PEUPLES - Communauté : les anti-capitalistes
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