Samedi 21 août 2010
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"S'ils ne gagnent pas leur vie et ne sont pas bien intégrés. En France, au moins, ils
ont de quoi nourrir leurs familles".
"Ici, il n'y a pas de travail, nous n'avons rien; personne ne veut de nous. Dans une semaine, on refait nos
valises." A peine descendue de l'avion qui l'a reconduite à Bucarest, Jujano, l'une des 70 roms rapatriés volontairement jeudi en échange de 300 euros, ne pense déjà qu'à repartir."Si ces
roms partent et repartent, c'est qu'ils n'ont de toute façon aucune raison de rester ici", lâche Marian Mandache, de l'association rom Romani Criss, "ils ne gagnent pas leur vie et ne
sont pas bien intégrés. En France, au moins, ils ont de quoi nourrir leurs familles".
En 2009, près de deux tiers des 8000 Roms roumains rapatriés dans le cadre de ce programme de retour volontaire seraient
repartis en France. Avec la crise qui frappe durement la Roumanie, il est peu probable que ces nouveaux rapatriés choisissent de rester au pays.
Contraints à fuir
Car en Roumanie non plus, il ne fait pas bon être rom et le pays peine à intégrer cette importante communauté (580 000
selon les chiffres officiels, près de 2 millions selon les estimations). "Tout est plus dur quand tu es tsigane, trouver un toit, un travail.... Les gens partent forcément avec un a priori
négatif", avoue Sorin, 42 ans, chauffeur de taxi à Bucarest.
Certes, un grand nombre de Roms sont insérés dans la société roumaine. Mais malgré l'adoption d'une stratégie nationale en
2001, basée sur la discrimination positive et destinée à améliorer l'accès à l'éducation, l'emploi et la santé, une frange de la communauté vit toujours dans des conditions déplorables.
Faute de fonds suffisants et d'une vraie volonté politique, ils sont frappés par la pauvreté, l'analphabétisme, le
chômage... d'où leur "fuite" vers l'Ouest. La discrimination et les préjugés viennent encore noircir ce tableau. Une grande partie des Roumains ne tiennent en effet pas leurs compatriotes roms en
haute estime. Selon le dernier rapport d'Amnesty International sur les droits de l'Homme, 43% des Roumains ne veulent pas employer de Roms car ils sont "voleurs et fainéants". Pire, ils
sont aussi accusés par beaucoup de Roumains de "nuire à l'image du pays à l'étranger", analyse Marian Mandache.
"Fermer l'espace aérien pour empêcher l'invasion des corbeaux"
Cette vague d'expulsions françaises risque-t-elle d'accroître ces tensions et d'entraîner des dérapages, comme le craint M.
Baconschi, le ministre des Affaires étrangères roumains?
Sur les forums internet, la parole anonyme se débride, entre critiques contre la France et sa stigmatisation des Roms,
inquiétude de l'amalgame vite et souvent fait entre Rom et roumain et relents xénophobes.
"S.O.S ! Il faudrait fermer l'espace aérien pour empêcher l'invasion des corbeaux", écrivait hier un internaute à
propos du retour aux pays des premiers expulsés.
"Je suis choquée. On traite les Roms comme des citoyens de seconde zone. D'accord, certains sont malhonnêtes mais il ne
faut pas tous les mettre dans le même panier. Ils sont stigmatisés, c'est scandaleux", s'emporte Raluca, une autre internaute.
source L'Express
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