Samedi 27 mars 2010
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Ils ne sauvent pas la Grèce. Ils étranglent les peuples.
Par Patrick Le Hyaric
Contrairement à ce qui se dit depuis des heures, le Conseil européen n’a pas décidé de sauver la Grèce. Il veut serrer
encore plus le garrot qui étrangle le peuple grec, avec la baisse des salaires, le recul de l’âge de départ à la retraite, la casse des services publics. Et les Grecs sont les
premières victimes d’un processus dévastateur qui a vocation à s’appliquer à d’autres pays.
En un tour de passe-passe, ces éminences européennes mettent de l’argent fictif sur la table pour n’avoir rien à débourser. Et, décision gravissime, pour la première fois dans
l’histoire, la superaustérité européenne sera pigmentée du mortel venin du Fonds monétaire international. Tout soutien, comme le dit le communiqué des chefs d’État, sera « soumis à
de fortes conditionnalités ». Ce qui veut dire : renforcement de l’austérité, pression sur les salaires, démolition des acquis sociaux, privatisation des services publics,
augmentation des impôts des particuliers.
Tout ce tralala tourne le dos à un financement à un taux d’intérêt européen raisonnable. Il sert à masquer le véritable
objectif poursuivi : « Des incitations à retourner vers des financements de marché le plus vite possible, par une tarification adéquate du risque. » En bon français, cela veut dire
que les peuples seront encore plus volés de leur travail et de leur retraite pour payer les intérêts de la dette. Rien n’est dit sur ces requins de la finance qui réassurent la dette
des États. Ces derniers agissent comme une assurance incendie que vous contracteriez sur la maison de votre voisin. Vous auriez tout intérêt à y mettre le feu pour toucher le
pactole…
Ce qui vient de se passer à cette réunion du Conseil européen est donc grave, inquiétant, révoltant ! Ce que
nous n’avons cessé de dénoncer lors des débats sur les traités de Maastricht et de Lisbonne, se révèle rigoureusement exact. L’ultralibéralisme financier est incompatible avec la
solidarité européenne, avec l’idée même d’une Europe unie. Encore moins d’une Europe des peuples.
Tous ces gens ont menti sur la nature de l’euro, sur l’idée européenne. Une commissaire européenne, Viviane Reding, déclare même que nous sommes au « début d’un tsunami ». Des risques
gravent pèsent en effet sur le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France. Et c’est aux populations qu’ils font payer la crise, au prix du sang et des larmes. L’euro ne doit plus
être un outil de spéculation, mais un moyen de coopération.
Le pacte dit de stabilité doit être changé en un nouveau pacte solidaire et écologique pour l’emploi, le développement durable, la formation. Grave est la décision
induite par le Conseil européen de placer les budgets des États, des services sociaux, des sécurités sociales et des régimes de retraite sous la tutelle de la Banque centrale.[1] Une Banque centrale utile devrait pouvoir aider à des refinancements à taux d’intérêt nuls pour défendre les finances
publiques, l’emploi, les services publics et sociaux, les petites et moyennes entreprises.
Il faut dire « non » à ces étrangleurs, à ces briseurs de vies humaines. Le Parlement a voté, jeudi, un texte permettant
une initiative citoyenne de pétition. Dans l’unité la plus large des citoyens et des organisations progressistes, utilisons ce mécanisme pour lancer une grande
pétition européenne afin de changer les traités. Dans l’unité, agissons ici, du quartier à l’Union européenne, contre la superaustérité, le blocage des salaires, pour le droit au
travail et à la retraite.
humanité.fr
Notes NDR
1 une banque centrale, il ne faut pas cesser de le rappeler, qui est une banque privée
Voir en ligne l'article : La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe
http://www.cadtm.org/La-Grece-prefigure-la-Tiers