Mardi 9 mars 2010
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9 mars, tous les syndicats et organisations professionnelles de magistrats appellent à un mouvement national, en
collaboration avec des syndicats de greffiers et fonctionnaires de justice, d personnel pénitentiaire, d’éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et plusieurs organisations
d’avocats, ainsi que nos collègue magistrats des juridictions administratives et financières. Une manifestation aura lieu entre le Palais de Justice de Paris et la place
Vendôme.
Pas pour nous.
On ne demande rien pour nous.
Mais parce que c’est notre responsabilité de vous dire, le plus visiblement possible, que l’institution judiciaire au bord de
la faillite, sur tous les plans.
Parce que nous ne pouvons plus nous résoudre à accepter la Justice boiteuse qu’on nous impose de rendre au nom de nos
concitoyens.
Parce que certaines de nos juridictions n’ont même plus de quoi nous payer des codes.
Parce que plus un expert ne va accepter de travailler pour un si mauvais payeur.
Parce que les fonctionnaires dévoués auprès desquels nous travaillons chaque jour ne vont pas tenir bien
longtemps.
Parce que si ça continue, nous n’aurons plus de papier pour imprimer les jugements attendus des
justiciables.
Parce que les réformes actuelles, qui vont vers toujours plus d’automaticité, toujours plus de rapidité, vont tuer l’office du
juge
Parce que les justiciables qui dépendaient de juridictions supprimées ne se déplacent plus aux audiences.
Parce que certains veulent “tenir” la Justice.
Parce que 53 euros par an et par habitant, c’est quand même pas lourd.
Parce qu’on ne peut pas à la fois prononcer des peines planchers et vider les prisons avec des aménagements de peine
automatiques
Parce que le discrédit régulièrement apporté aux décisions de justice affaiblit chaque fois un peu plus l’autorité de nos
décisions et donc leur efficacité
Parce que des magistrats dont l’indépendance n’est pas assurée par leur statut, c’est la suspicion qui pèse sur chacune de nos
décisions
Parce que nous n’en pouvons plus de faire le deuil de la Justice.
Je ne sais pas combien nous serons demain. Ce ne sera sans doute pas une marée humaine. Nous ne sommes que 8.000, et beaucoup
n’ont pu se résoudre à annuler des audiences pour se rendre à Paris.
Tout ce que j’espère, c’est que nous pourrons rester dans cet état de colère.
Car si rien ne change, nous retomberons dans l’acceptation. Et le jour où nous aurons terminé notre deuil et renoncé à la
Justice, c’est l’équilibre démocratique qui subira la plus grande perte.
Alors demain ayez une pensée pour les petits pois rouges de colère, et espérez qu’ils ne deviennent pas tous
grisatres.
Journal
d'un avocat
La manifestation débutera à 14h30 du Palais de Justice de Paris et s'arrêtera près de la Chancellerie. Une délégation y sera
reçue. L'ex-ministre de la Justice Elisabeth Guigou (PS) s'est dite «révoltée» mardi par le projet de loi de réforme de la procédure pénale. Elle s'associe à la mobilisation, «sans
précédent de l'ensemble des personnels de la justice» selon elle. Elle a déclaré sur Canal + qu'elle «serait cet après-midi devant le palais de justice» de Paris pour
manifester.
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