Samedi 15 mai 2010
6
15
/05
/Mai
/2010
15:46
Il ya des mouvements autonomistes qui sont passés sous silence. Si cela ne concerne pas la Chine ou quelque pays désigné
comme totalitaire par l'impérialisme américain les médias ne prennent pas le temps d'en parler, c'est la désinformation par omission.
Jusqu'à ces derniers jours je ne savais pas où était le Télangana ni même qu'il existait .
Eh oui c'est en Inde ... vous le saviez bien sûr.
Maryvonne Leray
A l’origine du mouvement : discriminations et préjugés
Le mouvement prend racine dans la discrimination que subissent les habitants du Telangana, sous-représentés dans les
administrations publiques, et dans les préjugés culturels et sociaux dont ils sont victimes. L’élément dé clencheur du mouvement actuel est l’eau. La situation de cette région semi-aride,
tributaire de la mousson, s’est aggravée à la fin des années 1990, après la réforme agraire lancée par le ministre en chef de l’époque, Chandrababu Naidu. Entre autres changements, la région
est passée des traditionnelles cultures vivrières arrosées par les pluies à des cultures d’exportation nécessitant une irrigation plus abondante.
Il a fallu investir et donc emprunter, ce que les banques généralement refusaient. Les agriculteurs de la région
étaient donc à la merci des usuriers, qui leur faisaient payer des taux d’intérêt exorbitants. Après avoir creusé des puits grâce à leurs emprunts – les trois quarts environ de la région ont
été creusés entre 1993 et 2005 –, ils ont vu leur situation se détériorer : le prix de l’électricité s’est envolé, l’approvisionnement en eau est devenu irrégulier, la nappe phréatique s’est
asséchée et puis il y a eu le coup de grâce : trois moussons peu abondantes d’affilée. Une vague de suicides s’est ensuivie chez les paysans.
A l’époque de la fusion du Telangana avec l’Andhra Pradesh*, en 1956, les habitants du littoral ont été avantagés. Non
seulement leur situation économique était meilleure, mais leur familiarisation avec l’anglais sous le régime britannique en faisait de meilleurs administrateurs. Le Telangana n’avait pas
d’élite socio-économique pour faire face à l’aristocratie foncière de la région de Rayalaseema et de l’Andhra Pradesh. “Les ouvriers sont toujours du Telangana et les intellectuels de
l’Andhra”, rappelle T. Srikanth Rao, professeur à l’université d’Osmania.
Ce n’est pas un hasard si le mouvement a fait son apparition dans cette université [dont la majorité des étudiants sont
d’origine modeste] et s’il est dirigé par des étudiants dalits : “Nous ne pouvons pas nous permettre d’aller étudier à l’étranger. Ceux qui le peuvent sont tous originaires de l’Andhra côtier
ou de Rayalaseema, car ils ont les moyens”, explique T. Srikanth Rao. “Une autre pilule amère à avaler est le préjugé socioculturel […] qui affirme que les habitants du Telangana sont des êtres
inférieurs, peut-être parce qu’ils maîtrisent mal l’anglais. Les fêtes dalits sont méprisées”, ajoute Nagam Kumaraswamy. Mais, aujourd’hui, les “télanganistes” semblent près d’obtenir ce qu’ils
souhaitent. Il y a du changement dans l’air.
Courrier international 25 02 2010
Les immolés par le feu (France 24)
Lorsqu'on parle de
personnes qui s'immolent par le feu pour défendre une cause, c'est aux moines tibétains et à la Chine que l'on pense immédiatement. Pourtant, ces six derniers mois au Telangana, en Inde, ce sont
entre 100 et 200 personnes qui se sont sacrifiées de cette manière. Eux aussi demandent l'autonomie de leur région, mais leur cause ne trouve aucun écho à
l'étranger.

Le 20 janvier 2010, Venugopal Reddy, 23 ans, étudiant en dernière année de master d'informatique, s'asperge de pétrole et
s'immole sur le campus d'Osmania à Hyderabad. Dans une lettre, l'étudiant demande le détachement immédiat de la région de Telangana de l'Etat d'Andhra Pradesh, le plus grand d'Inde.
Les séparatistes du Telangana pensent que leur province est le parent pauvre de l'Etat. L'approvisionnement en eau y est quasiment inexistant et aucun emploi public n'y a été développé. Leur
région compte pourtant un tiers des 80 millions d'habitants de l'Etat. Le parti régional fait pression depuis les années 1950 sur le gouvernement central et sur celui de l'Etat pour accéder à
l'autonomie, mais depuis six mois les séparatistes expriment leurs revendications avec plus de violence.
Depuis décembre, entre 100 et 200 personnes (selon les médias locaux), majoritairement des jeunes, se sont données la mort pour cette cause. Cette vague de suicide accompagne une recrudescence
des affrontements entre des étudiants et les forces de police d'Hyderabad, la capitale de la région.
Le Telangana n'est pas la seule région d'Inde à réclamer l'autonomie. Une autre région de l'Andhra Pradesh, le Greater Rayalaseema, souhaite
également faire sécession. Au nord du pays, le mouvement des Gorkha Janmukti Morcha se bat pour la création d'un nouvel Etat, le Ghorkaland. Une guerre civile déchire enfin les Etats de Jammu et
du Cachemire, frontaliers du Pakistan.
Pour le gouvernement indien, accorder l'autonomie à un de ces Etats pourrait donc entraîner un effet domino dans tout le pays.
"Avec l'autonomie, le Telangana pourrait achever ses projets d'irrigation et faire en sorte que la distribution de l'eau soit plus équitable"
Siddartha Pamulaparty, 27 ans, a fait ses études dans le district de Warangal, dans la région de Telangana. Il travaille actuellement à Boston, aux Etats-Unis, où il a participé à de nombreuses
manifestations de soutien aux séparatistes du Telangana.
Quand la police a commencé à arrêter des étudiants au début de l'année, les politiciens locaux, qui disaient pourtant soutenir leur combat, n'ont pas bougé. Beaucoup ont été profondément
perturbés par cet abandon. C'est malheureux, mais certains en sont arrivés à la conclusion que seul un acte aussi extrême que le suicide pourrait pousser les politiques à agir.
S'il accédait à l'autonomie, le Telangana pourrait achever ses projets d'irrigation et faire en sorte que la distribution de l'eau soit plus équitable. Dans mon village de Warangal, il n'y a
aucun accès régulier à l'eau. Les habitants du Telangana se sont battus pendant 60 ans, en vain, pour un partage équitable de l'eau dans l'Etat. Je pense que si le Telangana devient un Etat à
part entière, les zones rurales pourront enfin être irriguées.
Cette autonomie pourrait aussi améliorer la situation de l'agriculture qui est actuellement catastrophique. Pas un jour ne se passe sans qu'on lise dans les journaux qu'un fermier de la région
s'est suicidé. Pendant la saison sèche, ils sont des milliers à perdre tout espoir car leur terre est leur seule source de revenus et ils n'ont aucun moyen de l'irriguer.
L'autonomie, cela signifierait aussi plus de développement dans notre région qui est aujourd'hui loin derrière les autres régions de l'Andhra Pradesh, que ce soit en termes d'infrastructure,
d'industrie, de commerce, de santé, d'agriculture ou d'éducation. Et nous pensons que cela permettra, par ailleurs, de mettre fin à la discrimination des personnes originaires du Telangana
sur le marché public du travail. Aujourd'hui, nos jeunes passent derrière les candidats de la région d'Andhra en termes de recrutement et ceci parce que les bureaucrates d'Andhra détiennent les
hauts postes dans toute le Telangana."
Siddartha Pa...
India
IT worker
FRANCE 24
Notes
*L'Andhra Pradesh constitue une mosaïque de peuples à la personnalité très marquée.
La majorité de la population parle le télougou, langue régionale officielle mais il existe une forte minorité ourdouphone ("parlant ourdou") constituant environ 7% de la population, plus
particulièrement parmi la communauté musulmane centrée sur la capitale Hyderabad.
Un autre idiome du nord est le dialecte rajastani "lambadi" amené par les transporteurs lambada probablement originaires du Rajasthan qui accompagnèrent jadis les armées musulmanes. On retrouve
cette ethnie principalement dans le Télangana et près de Warangal. La plupart sont éleveurs de bovins ou commerçants.
C'est peut-être débile mais je ne savais même pas que l'auto-immolation politique ça existait
Non, ce n'est pas débile.
Ce fut courant pendant la guerre du Vietnam ... et nous les gosses pas fins du tout on disait : "on va jouer "au bonze qui brûle" ça par contre c'était débile ...
merci pour votre commentaire