Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 12:41

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C'est une première en France : jeudi 10 décembre, le maire d'Arles a rendu hommage aux travailleurs indochinois envoyés pendant la Seconde guerre mondiale en Camargue pour y travailler le sel et le riz. C'est grâce à eux, d'ailleurs, qu'il existe aujourd'hui du riz camarguais - ce que tout le monde ignore.


Jeudi, en prononçant son discours en présence des dix derniers acteurs encore vivants de cette épisode historique, Hervé Schiavetti (PCF) devient le premier élu de la République à reconnaître officiellement cette page sombre du passé colonial de la France.


Septembre 1939, la France entre en guerre. Pour le gouvernement de la IIIe République, il est naturel de piocher sans compter dans les réserves humaines des peuples colonisés afin de soutenir la patrie en difficulté. Ordre est donné à l'administration de l'Indochine de recruter dans chaque village un nombre déterminé d'hommes. Quelques volontaires se présentent, mais trop peu. La règle devient alors la suivante : chaque famille qui compte au moins deux hommes en âge de partir (entre 18 et 45 ans) doit en fournir un à la France, sinon leur père sera envoyé en prison. 20 000 paysans sont ainsi recrutés, puis expédiés en fond de cale vers la métropole afin de servir non pas de soldats, mais d'ouvriers dans les usines d'armement. Débarqués à Marseille, ces hommes passent leur première nuit sur le sol de la mère patrie… à la prison des Baumettes, qui vient d'être construite.


Organisés en 73 compagnies de 250 hommes chacune, ils sont ensuite envoyés à travers l'Hexagone dans des établissements appartenant à la Défense nationale. La défaite, en juin 1940, surprend tout le monde. Quelques milliers de ces travailleurs indochinois (appelés aussi ONS, pour « ouvriers non spécialisés ») sont rapatriés. Mais dès l'été 1941, la route maritime vers l'Extrême-Orient est coupée par la flotte britannique. 14 000 ONS indochinois se retrouvent bloqués en France pour toute la durée de la Seconde guerre mondiale, et même au-delà.

Le service de la main-d'œuvre indigène (M.O.I.1), qui gère ces hommes au sein du ministère du Travail, décide alors de louer cette main d'œuvre à des entreprises privées (usines de textiles, industries métallurgiques, scieries, exploitations agricoles…) qui le désirent, ou à des collectivités locales pour des travaux de voiries, d'assèchement de marais, de coupe de bois, etc…L'employeur passe un contrat avec la M.O.I. et lui verse une somme correspondante au nombre d'ouvriers et de journées travaillées. Le prix est avantageux, puisque exempté de charges sociales. Pendant toutes ces années, la M.O.I. encaisse l'argent sans jamais le redistribuer aux travailleurs indochinois qui, mal nourris, mal logés et souvent mal traités, reçoivent des indemnités journalières équivalentes au dixième du salaire de l'ouvrier français de l'époque.

Cette situation concerne toute la moitié sud de la France. De très grands camps de travailleurs indochinois voient en effet le jour à Marseille, Sorgues (Vaucluse), Agde (Hérault), Toulouse, Bergerac (Dordogne), Bordeaux et Vénissieux (Rhône). La Libération ne change pas grand-chose au système, et ce n'est qu'à partir de 1948 que les premiers rapatriements sont organisés. Les derniers ONS ne revoient leur pays qu'en 1952, après 12 années d'exil forcé. Un millier d'entre eux décident de rester en France. Et après ? Plus rien. Du jour au lendemain, l'histoire de ces 20 000 hommes s'est volatilisée dans la mémoire des Français. (…)

source rue89.

 

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Si la culture rizicole existe en Camargue, c'est grâce à eux. Le vice-président du syndicat des riziculteurs l'admet : « Vous nous avez fait un merveilleux cadeau. Il y a 20 000 hectares de riz aujourd'hui en Camargue, c'est la seule céréale dont le cours ne baisse pas. » Hier, la ville d'Arles a rendu hommage à neuf travailleurs indochinois survivants parmi les 20 000 hommes réquisitionnés par la France dès le début de la guerre, en 1939.

 

«J'étais heureux de découvrir la France, ce pays que je ne connaissais que dans les livres, se souvient Pham Van Nhan, engagé volontaire comme interprète. Mais arrivés à Marseille, notre camp d'accueil a été la prison des Baumettes. »

 

A peine terminée, la prison sert de lieu de transit pour les Indochinois, envoyés ensuite dans des usines d'armement.

 

En 1941, la guerre en Asie prive la France de ses importations de riz. Le gouvernement de Vichy décide de créer une filière rizicole en Camargue, en utilisant plus de 500 Indochinois.

 

« Notre ennemi, ce n'étaient pas seulement les moustiques, mais aussi la faim, le manque de vêtements, de chaussures, et surtout la nostalgie de notre pays », raconte Le Van Phu, qui a travaillé dans les rizières et aux salins de Giraud. Dès 1942, la récolte atteint 180 tonnes de riz, pour dépasser les 2200 tonnes en 1944.

 

Les « ouvriers non spécialisés » (ONS) indochinois sont pourtant sous-équipés et payés un salaire de misère, dix fois moins que celui de leurs homologues français. Le Huu Tho, premier ouvrier indochinois à avoir témoigné dans son livre Itinéraire d'un petit mandarin, décédé deux mois avant la cérémonie d'Arles, avait préparé un discours. C'est sa fille Myriam, avec sa petite fille à ses côtés, qui l'a lu hier. Tout en souhaitant « jeter au fleuve la déception et la rancoeur »,

 

Le Huu Tho soulignait « la fortune que beaucoup d'Arlésiens ont bâti sur le riz. Et jusqu'à cette année [2009], à la feria du riz, chaque fois que je demandais à ce qu'on évoque les travailleurs d'Indochine, on me disait "on verra l'an prochain" ». Après la guerre, la plupart des Indochinois rentreront dans leur pays, attendant parfois jusqu'en 1952 avant d'être rapatriés. Un millier sont morts durant leur exil, mille autres choisissent de rester en France. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une trentaine au Vietnam et une dizaine en France. W

 

20 minutes.fr


Publié dans : NEO-COLONISATION, DOM-TOM, AFRIQUE - Communauté : Les antilibéraux
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