Cri du Peuple 1871
Action des Précaires et Chômeurs de Dordogne
Aujourd'hui quand tu es au
RMI
Tu te dois de cumuler tous les défauts
Du monde pour être un exclu !
Condition sine qua non.
Misère financière, misère sexuelle,
Problèmes psychologiques, problèmes relationnels,
Feignant, assisté, profiteur, éloigné du
monde
Du travail.
Rien que des mots attachants...
Tout le monde a oublié ce qu'est la pauvreté
Le discours idéologique fonctionne bien.
Viens avec moi, je t'offre du travail
un CI-RMA à Durée indéterminée
Et tu seras à nouveau
Un homme,
Un vrai,
Un citoyen.
Mais pas un salarié reconnu au titre de l'effectif du
personnel.
Viens avec moi, je t'offre du travail
un CI-RMA temporaire
Et tu seras à nouveau
Un homme,
Un vrai,
Un citoyen.
Mais pas un salarié reconnu au titre de l'effectif du
personnel.
Viens avec moi, je t'offre du travail
Un Contrat d'avenir,
Et tu seras à nouveau
Un homme,
Un vrai,
Un citoyen.
À l'issue de ces contrats,
Tu retrouveras ton RMI
Comme avant !
Pas d'inquiétudes,
C'est marqué noir sur blanc
Dans le texte qui fait loi.
Normal
Interim ou
Contrat de trois, de six mois,
Pas d'Assedic !
Contrat de moins quatre mois,
Pas de prime d'intéressement !
Vive l'insertion par le travail !
Autrement dit :
Refuse catégoriquement
Tout contrat de moins quatre mois !
Un retour au travail
Des minima sociaux
C'est avant tout
Un conte idéologique.
Car tout le monde le sait
Cela ne mène nulle part...
Et comme tu l'as déjà lu
Ici sur ce site :
Ton CV sera
Un vrai CV idéologique !
Plus personne ne sait ce que pauvre veut dire.
Aujourd'hui il n'y en a plus !
Il n'y a que
Des rmistes,
Des étrangers,
Des sans quelque chose.
Et quand tu es sans quelque chose,
C'est sûr qu'il te manque un truc
Mais quoi ?
Personne ne le sait vraiment.
Alors pour couper court à toute réflexion
On utilise les catégories de la misère et de la
psychologie.
Ça ne s'invente pas ! Tu sais.
Être pauvre, C'est forcément douteux, suspicieux,
Peut-être malsain.
En tout cas "man", tu as un problème dans ta
tête.
Qui t'empêche d'avoir une vie normale !
Pauvre c'est être coupable...
...d'être pauvre.
Tu as la télé, Peut-être un
téléphone portable,
Tu oses en plus faire la manche ?
C'est vraiment dégueulasse !
Pour qui te prends-tu, pauvre ?
Personne n'est dupe de ton manège.
On sait tous que tu as une vie de château !
Pauvre, il faut que tu saches une dernière chose :
Quand tu es pauvre, tu n'as pas le droit d'être
intelligent,
Ni d'avoir des relations sociales, amicales, affectives,
Tout cela t'es interdit.
À la rigueur que tu t'exprimes
En criant,
En lançant des cailloux,
Ou en t'auto-détruisant,
On veut bien.
Tu te dois d'être éloigné de toute
Relation sociale normalisée par la société
Cette dernière pourra ainsi créer des
Mécanismes d'intéressement,
De retour vers...
Bref, de l'éloignement,
Tu passeras au proche.
Tel est le noble but éducatif
de la société qui
D'un côté te tend une carotte
Pour te faire avancer ;
De l'autre prépare le bâton
Pour t'amadouer.
Que le pauvre ose à peine énoncer une phrase,
aussitôt, la raison lui dit :
«Allez, n'essaye pas de faire celui qui
veut faire croire qu'il a tout compris.
Regarde, je suis en haut. Tu es en bas.
Rien que cela explique le contraire de
ce que tu prétends. De toute façon,
Pauvre, tu ne le sais pas mais, nous
autres, de là haut, de notre perspective,
Nous savons bien que tu prétends être ce
que tu n'es pas. Allez avoue-le.
Ton expression,
Ce n'est qu'un mensonge de plus.»
Pauvre. Tu ne possède pas raison ni jugement
Tu ne vis que de réactions sensibles et sociales.
Cherchant à être ce que tu n'es pas !
Terrible mensonge !
Il faut t'éduquer, et la seule chose
Pour t'éduquer
C'est de te montrer que la raison
Est supérieure à la réaction sensible.
Tu dois exprimer la misère dans toute sa
simplicité
Et son horreur.
Pour cela dans ton contrat d'insertion
devront figurer l'ensemble des
Aspects de ta vie
Sociale
Familiale
Professionnelle
En plus tu seras sur une liste
laquelle sera adressée au
Président du conseil général,
À la commission locale d'insertion,
Aux Centres Communaux d'Action Sociale.
Bref c'est le pied
Que tu perçoives le RMI
Ou une prime d'intéressement,
À la moindre erreur,
Tout le monde le saura
On pourra mieux ainsi savoir
Qui tu es vraiment.
Histoire de bien contrôler
Que tout va bien.
Contrôler sans stigmatiser,
Cela se fait dans le cadre
Discret du contrat d'insertion
Avec ton assistante sociale,
Et les listes envoyées aux intéressés
Plus bienveillant,
On ne le risque pas !
Ce serait donner une trop
Mauvaise image du contrôle...
Et quand tu t'exprimes que ce soit ici sur le net
Ou ailleurs dans le monde,
C'est sûr, ton seul but,
C'est de te faire (re)connaître !
Parce que, pauvre, en manque de quelque chose,
C'est peut-être bien d'un père,
D'une autorité de remplacement dont tu as besoin.
Ou peut-être d'un peu d'affection,
Afin de t'accompagner dans ce long
Chemin qui de l'éloignement de tout
Te ramène à la civilisation.
Allez on va être gentil avec toi,
On te donne quelques miettes,
Tu nous laisses tranquille.
Et ne viens plus nous emmerder !
Nous on est des grands, des sérieux,
Des adultes qui ont une vraie vie
Avec un vrai travail, tu vois.
On n'a pas le temps de s'occuper de toi.
Surtout que les décision,
C'est nous qui les prenons !
C'est cela que tu dois comprendre.
Les miséreux de ton genre,
On en veut bien de temps à autre,
Histoire de se donner bonne conscience
Et surtout consistance auprès de toi
Et des autres.
Que cela ne dure pas trop tout de même.
Et de toute façon, lecteur, lectrice,
Tu le sais déjà :
Il y aura toujours quelqu'un pour dire :
«Ce n'est pas vrai, tu te trompes.»
C'est sûr, nous les pauvres,
On ne comprend rien à rien,
Tout ça est affaire de psychologie.
Allez, va voir un psy,
Tu iras mieux ensuite.
Le pauvre ce n'est qu'un besoin.
Tout comme le sont les étrangers
Pour les fachos.
On a besoin de vos noms pour cracher dessus...
Ça t'en boucherait un coin,
De savoir que le pauvre
Ce n'est pas ton vrai besoin !
Hein !
Si le pauvre enlevait ton bonheur domestique,
Que ferais-tu ?
Que dirais-tu ?
Que deviendrais-tu ?
Si le pauvre t'enlève
La cigarette,
L'alcool,
La poudre blanche,
Les cachets pour dormir,
D'autres pour te donner de la force,
D'autres pour ne pas être sous pression,
Le con qui te harcèle ou que tu harcèles,
La télévision,
Les guerres,
Le terrorisme,
La violence,
Le sexe,
L'argent.
Si le pauvre disparaît avec ces autres besoins ?
Que deviens-tu ?
Un prisonnier.
Qui ne se sait pas.
Un prisonnier au bonheur domestique.
Mais je vais être généreux avec toi.
Je te laisserai, en échange,
Payer la redevance télévision
Car il faut bien que tu sois ce que tu regardes :
Un héros,
Un policier,
Un homme politique,
Un voyou,
Un gentil,
Un criminel,
Un savant,
Un public,
Un chanteur,
Un journaliste,
Un alternatif,
Un extrémiste,
Un clown,
Une marionnette,
Un animateur,
Un joueur,
Un interviewé,
Un prisonnier,
Une victime,
Un super héros,
Un artiste,
Un patron,
Un syndicaliste,
Une pute,
Un homo,
Un hétéro,
Un facho,
Un macho,
Un pacifiste,
Un croyant,
Un intégriste,
Un terroriste,
Un agent,
Un interprète,
Un cuisinier,
Un exploitant,
Un écolo,
Un philosophe,
Un fou,
Un séducteur,
Un historien,
Un dieu,
Un militaire.
Tu n'es que le gardien
Qui paye le dû
À sa propre prison.
Et, en tant que gardien :
Tu es un prisonnier qui rêve d'être libre.
Un menteur qui veut la vérité.
Un ignorant qui fabrique la connaissance.
Un tricheur qui veut faire la loi.
un juge qui modifie la juste mesure.
Un refuge qui masque la réalité.
Un idéaliste sans idées.
Un rêveur qui ne veut plus dormir.
Un chemin qui ne connaît plus sa direction.
Une expérience qui se contemple d'elle-même.
Une suffisance si épaisse que la culpabilité ne
peut exister que dans l'autre.
Un individu qui a perdu le multiple.
Un être qui croit en son unique pensée.
Un aveugle qui prétend voir.
Un persuadé hypnotisé par ses conclusions.
Un crieur qui éructe des paroles muettes.
Un cri sans joie.
Une raison qui veut toujours voir sa raison dans l'autre.
Une raison qui renie toute raison dans l'autre.
Une raison qui, pourtant, ne peut exister sans l'autre.
Une parole qui ne s'incarne pas dans la bouche.
Une pensée qui ne s'incarne pas dans la passion.
Un dire qui refuse l'articulation.
Une bouche qui ferme la parole.
Un bruit qui ne touche plus.
Un mot qui ne se souffle pas.
Un verbe coupé dans son élan.
Un souffle qui ne veut plus rien dire.
Un vent qui se prend pour du feu.
Un feu qui voudrait faire un arc en ciel avec du vent.
Une respiration qui ne veut plus de l'air son parfum.
Un sentir sans force.
Un corps oublié dans la parole muette de sa
pensée.
Une chair aspirée par l'accumulation de la pesante
(pensée).
Un corps qui ne se voit plus que dans le reflet.
Un miroir qui trahit la vue.
Une vue éloignée de la réalité ou
télé-réalité.
Mais gardien, tu n'entends pas cela,
N'est-ce pas ?
Et tu portes sur le pauvre
Jugements et trahisons en
Lui confiant dans le creux
de l'oreille et des lois :
Tu te salis,
Tu te juges,
TU te condamnes,
Tu te trahis,
Tu te conspues,
Tu te traques,
Tu te souilles,
Tu te critiques,
Tu t'analyses,
Tu t'accuses,
Tu t'occultes,
TU te légifères.
Tu voudrais enfermer le pauvre,
Un oiseau dans une cage,
Tout comme tu t'es enfermé
Dans un bonheur domestique
Comme ça, le pauvre ne pourrait pas
Aller plus loin que le doux royaume
Des quatre murs.
Pour l'obtenir tu lui fais payer
Loyer,
Eau,
Électricité,
Ordures ménagères,
Mise à nu devant les instances sociales de la
misère
Et les assistantes sociales.
Lesquelles regardent comment
Le pauvre doit dépenser son argent
Ce qu'il fait de son insertion,
Ce qu'il pense de son insertion,
De ces échecs et de ses problèmes.
Tu Lui donnes une misère
Pour
Payer,
Manger,
S'habiller.
Histoire qu'il n'aille
Pas plus loin.
Mais voici, voici ce que le pauvre
Te réponds et qui te fais si peur,
Que tu crois entendre les trompettes de l'apocalypse :
« Ceci est ma personne administrative.
Ce n'est pas moi ni ce que je suis
Et c'est cela qui t'emmerde le plus !
Jamais tu ne me vois tel que je suis.
Je possède autant de noms
Que les jugements que tu portes sur moi.
Autant de voies que celles de tes
Administrations, de tes assistantes.
Je suis celui que tu payes pour qu'il
soit ton bonheur domestique. Je suis
Celui qui te donne l'autorisation
D'avoir jugement sur moi et sur le
Monde extérieur afin de subvenir à
Ton besoin de suffisance.
Allez, accepte-le : je suis ton besoin.
Je suis ta suffisance. Et tu n'es pas libre !
Ce n'est pas grand chose demandé
Contre tout ce que tu voudrais me mettre
sur le dos et que tu résumes avec ces
TROIS LETTRES :
RMI.»
Je bois à la source le nectar,
Et te dis : «Tchin Tchin».
Mer 25 mar 2009
Aucun commentaire