Cri du Peuple 1871
photo ouest france
Bistrotiers qui râlent, tensions qui vont croissantes. Les sans-abri cristallisent la mauvaise humeur des commerçants. La Ville a trouvé une solution... Dérisoire ?
Elles sont là depuis un an, autour des devantures désertées par les fleuristes. Une série de ganivelles, qui enlaidissent la perspective. Et interrogent le passant. Pour qui, pour quoi avoir planté ce décor de chantier ? C'est la solution adoptée par la Ville pour tenter de déloger les sans-abri. Ceux qui ont élu domicile sous les auvents des boutiques de fleurs.
Autour de la place, les bistrotiers ne cachent pas leur mauvaise humeur contre les sans-abri. Un mécontentement peut-être accentué par le voisinage de place Royale fraîchement rénovée... et immédiatement adoptée par les Nantais. Dur contraste.
Un commerçant soupire : « Depuis un ou deux ans, dès qu'un fleuriste ferme sa boutique, des SDF s'installent. Certains passent la nuit devant nos devantures. Le jour, ils peuvent être jusqu'à vingt. Multiplié par deux chiens chacun... Il faudrait de vraies grilles à la place des barrières. » Mi-septembre, celles-ci seront posées, confirment les services de la Ville.
Pour l'instant, les jeunes squatteurs les contournent sans problème. Ou s'approprient de nouveaux endroits. « On ne fait que déplacer le problème. Quand ils sont délogés, ils s'installent de l'autre côté de la place. C'est les autres commerçants qui sont gênés. Et ils reviennent, de toute façon. »
Un constat d'impuissance
Mais quel est le problème, au fait ? « Ce n'est pas qu'ils soient dangereux. C'est l'image qu'ils donnent. Parfois, ils sont ivres, ils s'engueulent entre eux. Ils peuvent alpaguer les jeunes filles. Les chiens font peur aux clients », lâche un autre client, visiblement à bout. Il y a plus d'un an, une serveuse du café La Coquille a été mordue. Quant aux violences, elles auraient surtout cours au sein même des groupes de SDF, au moins une fois par semaine selon la police.
« Vous comprenez, nous, on fait des efforts pour avoir de beaux commerces. On s'investit. Mais le lieu souffre toujours d'une mauvaise réputation. Pourquoi la place du Commerce, et pas la place Royale, par exemple ? »
L'image constitue bien le noeud de l'affaire. Car légalement, rien n'interdit à ces SDF de se trouver là, lieu traditionnel de rassemblement et de mendicité. « Les gens ont le droit de se réunir. On essaie de garder le contrôle de la situation. Mais rien que le fait qu'ils soient là, ça dérange », précise-t-on du côté de la mairie, qui peine à trouver une solution. Et d'évoquer un « constat d'impuissance ».
« On est très conscient des difficultés rencontrées par les commerçants », souligne Alain Robert, élu au commerce. « Mais le problème ne peut être réglé que par un traitement technique. Ici, on touche à l'humain ». Des projets, au-delà des grilles ? « Des médiateurs passent la nuit pour échanger avec cette population. Et il y a le passage des patrouilles municipales. »
Certes, la police peut toujours verbaliser pour consommation d'alcool sur la voie publique, voire pour l'agressivité. « Mais ce sont des gens sans ressources... » D'ailleurs, l'association A l'écoute de la rue s'est depuis mobilisée pour faire baisser le nombre de procès-verbaux à l'encontre de s SDF.
« C'est nous qui avons faim et froid »
Verbalisation ou pas, certains des intéressés ne cachent pas leur colère face aux interventions policières de toutes sortes. « Une fois, je m'étais réfugié là à cause de la pluie. Ils m'ont déplacé près du tram. Mon sac à dos a pris l'eau. Maintenant, toutes mes affaires sentent le moisi », s'énerve « Bouli », un habitué des lieux. « De quoi se plaignent les gens ? C'est nous qui avons faim. Nous qui avons froid. » D'autres affichent l'incompréhension face à la colère des commerçants. « On a toujours été gentils, respectueux. Mais les gens nous regardent comme de la merde », soupire un jeune homme.
« Où voulez-vous qu'ils aillent, ces jeunes ? » s'énerve Pati. Cette assistante maternelle rend souvent visite aux SDF, et a appris à bien connaître certains d'entre eux. « Ils ne peuvent pas prendre le tram avec leurs chiens. S'ils veulent aller dans un café, ils doivent payer. De tous les côtés, il faut de l'argent. Eux, ils sont perdus. »
La pose de nouvelles grilles autour du marché aux fleurs devrait en tout cas susciter des réactions. D'ici début septembre, la mairie a prévu une installation permanente.