Cri du Peuple 1871

 Ils sont venus par dizaines d’Inde, du Népal, du Sri Lanka, du Pakistan, du Bengladesh rompre le silence sur les 260 millions de Dalits dans le monde. Laissés pour compte de la Conférence sur le racisme, ils ont tissé de précieux liens avec les diplomates.




Carole Vann/Infosud -

Ils sont 260 millions d’intouchables originaires d’Inde, du Népal, du Sri Lanka, du Pakistan, du Bengladesh à être traités comme des citoyens de seconde zone. Parmi les tâches qui leur sont attribuées, celle de ramasser à mains nues les excréments des autres. Ce sont surtout les femmes qui y sont assignées. Pour cela, ces « impurs » n’ont pas le droit de toucher leurs compatriotes des autres castes, ni d’utiliser la même vaisselle, ni de vivre sur les mêmes lieux, ni de fréquenter les mêmes temples ou écoles, ni de s’alimenter aux mêmes sources d’eau.


Leurs représentants sont venus en force cette semaine à Genève pour briser le mur du silence. Adopté à l’unanimité mardi par les 140 pays présents à la Conférence sur le racisme de l’ONU, la Déclaration de Durban II ne contient pourtant aucune mention du système des castes. Les principales ONG, dont Human Rights Watch, la Fédération luthérienne mondiale, Pax Romana, FORUM-ASIA et d’autres dénoncent avec virulence cette mise à l’écart.

 

Moins coûteux d’employer des Dalits que de construire des WC

 

Alors que se déroulent des élections en Inde – 250 millions de Dalits sont indiens – des observateurs rapportent que ces derniers sont empêchés de se rendre aux locaux de votes. Ce pays possède pourtant l’une des législations les plus radicales contre le système des castes. « Mais cette mentalité est profondément ancrée dans nos sociétés et se retrouve à toutes les strates de la vie quotidienne, explique Paul Divakar, l’un des fondateurs de la Campagne nationale pour les droits des Dalits. Lorsqu’une femme intouchable est battue ou violée, la police n’intervient pas, car c’est considéré comme normal. En fait, les gens ne comprennent même pas pourquoi il y a une législation particulière concernant cette question. »


Le mouvement dalit en Inde a porté plainte à la Cour suprême contre les maltraitances à leur encontre dans les municipalités. Actuellement, une enquête nationale est en cours. « C’est vrai que la loi interdit ces pratiques, y compris le ramassage des excréments à mains nues. Mais pour les municipalités, c’est moins coûteux d’employer des Dalits que de construire des WC publics », remarque Bezwada Wilson, fils de ramasseurs d’excréments. Et de rappeler, que l’un des fondateurs, avec Gandhi, de l’Inde indépendante est un Dalit, Bhimrao Ramji Abmbedkar. « Il était pour l’abolition des castes dans la Constitution, raconte Wilson. Mais Gandhi, craignant un soulèvement populaire, lui a demandé d’attendre que le pays soit indépendant des Britanniques avant d’amener cette épineuse question. Puis l’histoire en a décidé autrement. »

 

Pour Dehli, la question des Dalits ne relève pas du racisme

 

L’ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme Doudou Diène avait demandé, durant son mandat, à visiter l’Inde, le Pakistan et le Népal. Seule l’Inde lui a ouvert ses portes pour enquêter sur le racisme, mais pas sur les Dalits. Pour New Dehli, qui tient à gérer le problème des castes sans ingérence extérieure, cette question ne relève pas de la discrimination raciale et n’a pas à être traité à l’ONU. « Si l’Inde reconnaît cette question à un niveau international, il faut qu’elle rende des comptes, explique Paul Divakar. C’est une boîte de pandore que le gouvernement n’est pas prêt à ouvrir. »


Les Dalits présents à Genève ne sont d’ailleurs pas dupes. Ils savaient avant même de voyager que leur cause ne ferait pas partie du texte de Durban. Pour Adrien-Claude Zoller, président de Genève pour les droits de l’homme, un organe indépendant de formation des défenseurs des droits humains, « les Dalits sont surtout venus à Genève pour renforcer leur visibilité, explique-t-il. La Conférence leur a permis de tenir de nombreux forums, de participer aux manifestations, et surtout de nouer des contacts avec des diplomates. Nous avons reçu une demande très claire de leur part pour mieux comprendre les rouages du système international afin d’en faire le meilleur usage possible. Il s’agit d’une stratégie à long terme. Ce mouvement est très jeune (dix à quinze ans), la plupart des Dalits sont, à quelques exceptions, très pauvres et peu instruits. Mais ces dernières années, des leaders ont émergé, la cause se met à exister sur le plan international. »


Leur persévérance a d’ailleurs payé. Présents aussi lors de la première conférence à Durban, ils ont réussi à se faire entendre par le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale qui a condamné l’Inde sur cette question en 2002.


HUMAN RIGHT GENEVE

Mer 29 avr 2009 Aucun commentaire